Le moins qu’on puisse dire est que ce n’est pas glorieux. Si l’on s’en tient aux faits, cette visite en France du président chinois Hu Jintao se résume en trois mots : les marchés contre les principes, de gros marchés pour Airbus, Areva, Total et un doublement sur cinq ans des échanges commerciaux entre les deux pays en échange d’un silence de la France sur la violation des droits de l’homme en Chine et, notamment, l’emprisonnement du Prix Nobel de la paix Liu Xiaobo. C’est d’autant moins glorieux que la Chine ne se cache pas d’avoir exigé ce silence et que la France, non contente de monnayer les principes dont elle se réclame, vient ainsi se ranger, de fait, aux côtés de l’aile la plus dure de la direction chinoise, celle qui censurait, le mois dernier, l’appel à des réformes politiques lancé par le Premier ministre Wen Jiabao. Si l’on s’en tient aux faits, il y a toutes les raisons de rougir de cette realpolitik française mais le fait est aussi, que ses défenseurs – il n'y en a pas seulement à l’Elysée – ont des arguments qui ne s’écartent pas d’un revers de la main. La Chine est devenue, disent-ils en substance, un acteur incontournable de la scène internationale sans lequel, contre lequel, on ne peut espérer résoudre aucun des problèmes majeurs qui se posent au monde d’aujourd’hui. Sans elle, disent-ils, il n’y aura pas plus de progrès sur la question du réchauffement climatique que sur l’instabilité monétaire, la gouvernance mondiale ou les grands foyers de crise comme l’Iran. Il faut donc, ajoutent-ils, la prendre comme elle est, négocier avec la Chine sur tous les dossiers internationaux auxquels elle pourrait apporter une contribution positive, tabler sur son ouverture au monde et accepter de voir que ce ne sont pas les pressions extérieures qui l’amèneront à se libéraliser un jour mais l’affirmation de ses classes moyennes et la multiplication de ses tensions sociales, le besoin, en un mot, qu’aura le parti unique de trouver un modus vivendi intérieur. On pourrait ajouter à ces arguments que les pays occidentaux ne sont pas en position de refuser des contrats alors que leur chômage est aussi haut et leur croissance aussi faible mais cela signifie-t-il qu’il faille s’incliner devant la Chine ? Autrement dit, la France, l’Europe et les Etats-Unis n’ont-ils, désormais, plus d’autre choix que d’en passer par les conditions d’une puissance ascendante qui inquiète tous ses voisins, Russie, Inde et Japon, conjugue capitalisme sauvage et dictature communiste, détient la dette américaine et met à mal tout l’industrie occidentale ? Si la réponse était « oui », il ne resterait plus qu’à s’asseoir et pleurer mais elle ne l’est pas. La réponse est qu’il faut éviter, avec une telle puissance, les deux excès français, les rodomontades passées comme les embrassades présentes, garder, évidemment, sa liberté de parole mais ne pas se transformer en procureur impuissant et bâtir, surtout, un rapport de force, fondé sur un rapprochement entre l’Union européenne et la Russie, sur la relance d’une politique industrielle européenne et sur la recherche d’une convergence avec les Etats-Unis permettant de passer du libre-échange au juste échange – à des échanges que ne fausseraient plus le dumping, social, environnemental et monétaire.

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