Les Etats-Unis n’ont plus aujourd’hui d’alliés, de proches alliés, avec lesquels ils ne soient en délicatesse. Les Européens font tout ce qu’ils peuvent pour éviter de vraies tensions avec Washington mais les révélations sur l’ampleur de l’espionnage américain ont provoqué de vrais et durables dégâts.

Avec Israël, c’est encore pire car le gouvernement Netanyahou ne pardonne pas à l’équipe Obama de se montrer de plus en plus insistante sur la conclusion d’un règlement définitif avec les Palestiniens et de chercher, parallèlement, à trouver un compromis avec les Iraniens sur la question nucléaire. Avec l’Egypte, ca ne va pas mieux car les Etats-Unis ont désapprouvé la destitution du président Morsi et poussent, au nom de la stabilité politique, à l’ouverture d’un dialogue avec les Frères musulmans.

Avec le Pakistan, avec ce pays qui fut si longtemps la pièce maîtresse du dispositif américain en Asie du sud-ouest, les Etats-Unis sont au bord de la rupture un mois sur deux car ils reprochent aux Pakistanais de vouloir jouer leur carte en Afghanistan en soutenant les taliban tandis que les Pakistanais leur reprochent, eux, de considérer leur pays comme un territoire américain sur lequel ils continuent de traquer et tuer les djihadistes sans autre feu vert que ceux de la Maison-Blanche et du Pentagone.

Et puis il y a l’Arabie saoudite, l’allié des alliés avec lequel rien ne va plus. John Kerry, le chef de la diplomatie américaine, y était hier pour tenter de remettre un peu d’huile dans les rouages. On a fait de grands efforts des deux côtés pour relativiser les différents mais ils sont grands et menacent de s’approfondir. Comme Israël, la monarchie saoudienne s’inquiète d’un possible rapprochement entre les Etats-Unis et l’Iran. Elle y voit un danger pour sa pérennité car elle craint déjà que la République islamique ne puisse ainsi devenir la première puissance du Proche-Orient.

Les Saoudiens en veulent également à la Maison-Blanche de ne pas empêcher Israël d’étendre ses colonies dans les Territoires palestiniens et, surtout, de vouloir négocier avec le régime syrien plutôt que de le renverser. Sunnite, l’Arabie saoudite reproche fondamentalement aux Etats-Unis de temporiser avec les chiites -iraniens, irakiens et syriens- au lieu de faire front avec les sunnites qui étaient pourtant leurs inébranlables alliés dans cette région.

L’Amérique en est, oui, à irriter ou fâcher tous ses amis et il y a une raison à cela qui est la fin de la Guerre froide. Face à l’Union soviétique, les Etats-Unis se devaient de tout faire pour complaire à leurs alliés qui s’obligeaient à comprendre, pour leur part, que Washington ne puisse pas leur donner raison sur tout à tous en même temps. Il y avait un camp anti-communiste et un général en chef mais, désormais, chacun défend ses propres intérêts et l’Amérique la première. Pour elle, l’essentiel est de ne plus se laisser entraîner dans des conflits lointains où elle n’a plus d’adversaire stratégique.

Pour elle, l’essentiel est le maintien de sa primauté économique et l’instauration d’un rapport de forces avec la Chine. Tout le reste est secondaire et ceci explique que l’ancien gendarme du monde n’ait plus d’alliés intouchables.

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