La Grande-Bretagne est une île. La géographie compte, et beaucoup, dans sa perception du monde et d’elle-même. La Grande-Bretagne est à fois une part essentielle de l’Europe parce qu’elle en fut la première démocratie et que, sans elle, la défaite du nazisme n’eut pas été aussi certaine, mais ce pays essentiel, ce grand et admirable pays qui fut, avec la France, l’une des deux superpuissances mondiales jusqu’à la Seconde guerre, est également un cas à part, européenne, oui, certainement, mais autre chose aussi. Depuis qu’elle n’est plus la puissance qu’elle fut, la Grande-Bretagne se veut le plus proche allié des Etats-Unis, leur « cousin » comme on le dit dans les James Bond, et ce positionnement d’après-guerre, du temps de la Guerre froide, la place aujourd’hui entre deux chaises, entre l’Union qu’elle n’a rejointe que lorsqu’elle a compris qu’elle se faisait et qu’elle ne pouvait pas rester en dehors d’elle et l’Amérique, son ancienne colonie, qui est son tropisme, son pôle d’attraction, mais qui n’a désormais plus guère besoin d’elle car, vu de Washington, c’est l’Europe qui compte, si incertaine qu’elle soit. La Grande-Bretagne est une île, plus proche des côtes européennes qu’américaines, désormais reliée au continent par le tunnel sous la Manche, mais une île au milieu de l’Atlantique qui ne se résout pas à se transcender dans l’Union et qui en demeure majoritairement europhobe. Ce n’est pas seulement que le parti qui monte dans ses sondages et ses élections, UKIP, le Parti de l’indépendance du Royaume-Uni, veuille rompre avec l’Union. C’est aussi que le Parti conservateur, aujourd’hui aux commandes, est profondément divisé sur la question européenne et que la majorité de la presse britannique fait ses meilleurs tirages en tirant à boulets rouges sur l’Europe. En Grande-Bretagne, les syndicats, le patronat, les grands journaux de droite et de gauche sont européens mais l’europhobie y est telle que lorsque vous étiez, Tony Blair, à Downing Street et bien que vous fussiez un européen convaincu, vous n’avez jamais eu le courage, jamais, de tenter d'arrimer votre pays à l’Union en le faisant entrer dans l’euro. Alors les choses étant ce qu’elles sont, mieux vaudrait que la Grande-Bretagne assume ses phobies et sorte de l’Union pour y revenir lorsqu’elle sera vraiment faite. Ce serait un risque, bien sûr, un immense risque pour elle-même et pour l’Union puisque la place de Londres perdrait beaucoup de son intérêt pour les investisseurs dès lors qu’elle ne serait plus européenne et que tous les europhobes pourraient alors se prévaloir du Brexit, du British exit, de la sortie britannique de l’Union, pour plaider la même rupture dans leurs pays respectifsSans la Grande-Bretagne, l’Union serait une Europe amputée mais au moins serait-elle débarrassé d’un pays qui n’y est entré que pour s’asseoir sur le frein de l’intégration et l’empêcher de devenir l’acteur de la scène internationale, la puissance mondiale qu’elle pourrait et devrait être. Alors chers cousins britanniques, puisque vous êtes aussi les nôtres, choisissez mais choisissez vite et vous, Tony Blair, dîtes clairement votre choix car l’heure en est venue.

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