Le grand musée parisien fait le pari de s’installer dans un pays qui pratique la censure à grande échelle, estimant, comme le dit son président, qu’on ne défend pas la démocratie en « évitant la Chine ».

Emmanuel Macron effectue depuis lundi 4 novembre une visite officielle en Chine. Il inaugure mardi 5 novembre l’antenne du Centre Pompidou à Shanghai.
Emmanuel Macron effectue depuis lundi 4 novembre une visite officielle en Chine. Il inaugure mardi 5 novembre l’antenne du Centre Pompidou à Shanghai. © AFP / Ludovic MARIN / AFP

Il y a un grand paradoxe dans l’ouverture de ce Centre Pompidou Shanghai, la première antenne du grand musée parisien hors d’Europe. Le régime du Président Xi Jinping combat officiellement l’Occidentalisation de la société chinoise, dans la culture comme dans la politique ; et pourtant, il a donné son feu vert à l’ouverture d’un musée qui est la quintessence de la culture occidentale moderne et qu’inaugure aujourd’hui Emmanuel Macron.

C’est une des grandes contradictions chinoises actuelles. Le pouvoir veut réhabiliter les valeurs traditionnelles confucéennes et valoriser la civilisation chinoise, compléments idéologiques d’un communisme qui ne remue plus les foules. Et pourtant, la classe moyenne chinoise, sur laquelle s’appuie le Parti communiste, a soif d’ouverture sur le monde, comme en témoigne le tourisme en hausse, la consommation des marques occidentales, mais aussi le succès des grandes expositions comme Picasso, qui a battu tous les records d’affluence cette année à Pékin.

Le Centre Pompidou arrive dans cette zone grise, entre l’appétit culturel des Chinois et la vigilance idéologique du Parti. Signe de ces contradictions, dès la première exposition, une œuvre d’une jeune artiste chinoise, Cao Fei, a été censurée par les autorités.

Le Président du Centre Pompidou, Serge Lasvignes, a répondu par avance aux critiques prévisibles sur la censure : « Le processus des autorisations et des approbations peut paraître complexe, mais nous savons nous adapter, dit-il. En fin de compte, demande-t-il, servons-nous mieux la démocratie en évitant la Chine ou en y étant présent, en nouant des liens, en donnant accès à la culture occidentale ? Aujourd’hui, nous avons l’espace de liberté suffisant pour travailler avec la Chine », explique le président du Centre Pompidou.

Ce pari est-il gagnable avec un pays comme la Chine ? En fait, nous sommes ici au cœur de ce qu’on appelle le « soft power », un concept défini par le professeur américain Joseph Nye, et qui décrit l’influence « douce » d’un pays par d’autres voies que militaires ou économiques. C’est Hollywood ou l’American way of life pour les États-Unis ; c’est le rayonnement culturel pour la France.

Ce « soft power » français lui a longtemps permis de boxer au-dessus de sa catégorie, d’avoir une influence que sa taille ou son économie ne lui garantissaient pas. C’est ce qui explique l’émotion planétaire lorsque Notre Dame brûle, l’afflux de touristes dans l’hexagone, ou encore le succès du luxe français.

Le Centre Pompidou à Shanghai est-il le fer de lance du "Soft power" français en Chine ? Seule institution culturelle occidentale de ce type, il lui reste à prouver qu’il peut réellement être un espace de liberté, même étroitement surveillée, dans un pays qui s’est en partie refermé.

D’autant que si on en croit une récente déclaration de Jean-Yves Le Drian, le Ministre des Affaires étrangères, il n’y a plus de « Soft Power », tout est devenu « hard », c’est-à-dire dans la confrontation. Le Centre Pompidou Shanghai montre que le « soft power » n’est pas tout à fait mort, mais ça dépendra de la marge de manœuvre qu’il saura construire s’il veut rester fidèle à sa mission.

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