Le débat va durer. Il durera quinze ans, la quinzaine d’années nécessaires aux négociations que, suivant l’avis de la Commission, les chefs d’Etat et de gouvernement, le Conseil européen, décideront très probablement, en décembre, d’ouvrir avec la Turquie sur son éventuelle adhésion à l’Union. Sans parler de l’ignorance, des préjugés et de la peur de l’Islam, au-delà de ces mauvaises raisons qui pèsent tant dans ce débat, quatre vrais arguments opposent partisans et adversaires de ce nouvel élargissement. Le nombre est le premier. Vous rendez-vous compte, disent les opposants à l’adhésion turque, que ce pays de près de soixante-dix millions d’habitants sera bientôt plus peuplé que le plus peuplé des actuels pays-membres de l’Union, l’Allemagne, que son poids, serait, autrement dit, le plus grand, au Parlement et dans les votes à la majorité qualifiée ? L’argument frappe. On voit déjà la Turquie aux commandes de l’Union mais c’est oublier que, si elle y entre un jour, la Turquie - c’est une condition sine qua non - se serait définitivement enracinée dans la démocratie, qu’il n’y aura pas de parti turc à Strasbourg mais des députés turcs inscrits aux différents groupes politiques et que la Turquie devra, comme tous les pays, se trouver, sur chaque décision, des alliés au Conseil européen, y passer des compromis sans la moindre possibilité d’imposer sa volonté. La géographie est le deuxième argument de ceux qui rejettent la Turquie. Si nous commettions cette folie, disent-ils, l’Union aurait des frontières communes avec la Syrie l’Irak, l’Iran, la zone de tous les troubles. Personne ne pourrait le nier. Les atlas en font foi mais, ce constat fait, préférons-nous avoir à nos frontières une Turquie que nous aurions rejetée alors qu’elle nous tend la main, une Turquie blessée, une Turquie dont nous aurions, nous, fait la preuve vivante qu’un pays musulman, même laïc et démocratique, n’a pas sa place en Europe ou faire, au contraire, de ce pays l’irréfutable preuve qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre Islam et démocratie, en faire cette avant-garde, cette vitrine, de la démocratie en terre d’Islam que l’Amérique échoue à créer par la guerre en Irak et que nous pouvons, nous, conforter par la paix ? Mais c’est le cheval de Troie de l’Amérique que vous voulez faire entrer dans l’Union, rétorquent alors les opposants de gauche à la Turquie. Ceux-là devraient vraiment se tenir mieux au courant car, en fait de sous-marin américain, la Turquie a refusé aux Etats-Unis d’utiliser son territoire pour pénétrer en Irak, a partagé la lucidité française et allemande sur cette aventure, contrairement à beaucoup des actuels membres de l’Union. Reste, enfin, un problème, indiscutable celui-là. Cet élargissement supplémentaire ne faciliterait pas l’émergence d’une Europe politique déjà si difficile à vingt-cinq. C’est vrai. C’est un fait mais la réponse à ce problème n’est pas le rejet de la Turquie. Elle est dans la création d’un noyau dur au sein de l’Union, d’un groupe de pays décidés à anticiper l’Europe politique à quelques uns et, cela, l’entrée de la Turquie ne l’empêcherait en rien, pas plus, au demeurant, que le projet de Constitution.

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