« Nous ne partons pas d’Irak », a répété, hier, Georges Bush. « Nous allons réussir et creuser les fondations de la paix pour les générations à venir », a-t-il ajouté avec une confiance et une conviction qui ne trompent plus personne à Washington. Comme le dit l’un des mieux informés des éditorialistes de la presse américaine : « Que cela tourne franchement mal ou que nous arrivions à crier victoire, on verra les boys revenir en masse avant le deuxième semestre 2006 ». La décision est tellement prise que Henry Kissinger s’en est publiquement inquiété dès le mois d’août. Une défaite des Etats-Unis en Irak, a-t-il expliqué dans le Washington Post, aurait des conséquences autrement plus graves que celles du Vietnam mais les faits sont là. Rien n’arrête les violences en Irak, l’opinion américaine ne suit plus et la grogne monte jusque dans les rangs républicains car les élections parlementaires de mi-mandat, dans treize mois, s’annoncent difficiles pour la droite américaine. Coûte que coûte, il faut pouvoir bientôt décréter la mission accomplie, « les fondations de la paix creusées » comme dit Georges Bush, mais il y a une condition à cela. Il faut pour cela que les Irakiens adoptent, le 15 octobre, le projet de Constitution qui permettrait d’organiser des élections et de mettre en place les nouvelles institutions irakiennes. C’est une condition sine qua non mais le problème est que la minorité sunnite ne veut pas d’un texte qui ferait de l’Irak une fédération dans laquelle leurs régions seraient perdantes car elles sont dépourvues de pétrole alors que celles des chiites et des Kurdes en regorgent. Or, aux termes de la loi électorale, les sunnites avaient la possibilité de rejeter ce projet puisqu’il était prévu - c’était la garantie qui leur avait été donnée - que la Constitution ne serait adoptée qu’à une double condition, que la majorité de l’électorat national, bien sûr, l’approuve mais aussi que les deux tiers des votants ne la rejettent pas dans trois ou plus des régions, c’est-à-dire dans les terres sunnites. Ces dispositions donnaient un droit de veto aux sunnites mais il était si probable qu’ils l’exercent après que les chiites et les Kurdes se soient passé de leur avis à l’Assemblée constituante que les règles du jeu viennent de changer. Pour que le « oui » l’emporte il faudra toujours une majorité des votants au niveau national mais il faudra désormais, pour que le doit de veto s’exerce, deux tiers des inscrits et non plus des votants dans trois régions. La crainte des attentats ne poussant pas à se ruer vers le bureaux de vote, les sunnites sont grugés mais, si l’Onu a exprimé, hier, sa « préoccupation », ce n’est pas seulement parce qu’il n’est guère démocratique de modifier la loi électorale en cours de route. C’est parce que dans leur hâte de pouvoir se retirer du guêpier dans lequel ils se sont mis, les Etats-Unis sont en train de créer toutes les conditions d’une vraie guerre civile puisque les sunnites, au lieu d’être intégrés dans le jeu politique en sont de fait exclus, et seront plus nombreux encore à soutenir les réseaux terroristes. La « préoccupation » de l’Onu n’est pas injustifiée.

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