Le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, se voulait rassurant. « Je ne pense pas qu’il y aura de guerre », a-t-il déclaré, hier, à propos de la crise qui s’envenime entre la Russie et la Géorgie mais le seul fait qu’il ait tenu à écarter cette éventualité dit la gravité de la situation. Une semaine après que la Géorgie eut arrêté quatre officiers russes accusés d’espionnage, trois jours après qu’elle les ait libérés, trois jours aussi après que la Russie, malgré ces libérations, eut imposé un blocus aérien maritime, routier et postal contre la Géorgie, Vladimir Poutine a encore haussé le ton contre ce pays de moins de six millions d’habitants. « Je ne conseille à personne de s’adresser à la Russie en recourant à la provocation et au chantage », a-t-il déclaré, mercredi, devant les députés russes en ajoutant : « Je fais référence à la Géorgie ». La précision était superflue. Tout le monde avait compris car, non content d’avoir mis cette ancienne République soviétique du Caucase en quarantaine, le Président russe a ordonné une chasse à l’homme contre les quelque huit cent mille Géorgiens de Russie. Traqués au faciès, systématiquement contrôlés, comptabilité épluchée pour les commerçants et hommes d’affaires, même ceux qui sont de nationalité russe se voient tout simplement déchirer leurs papiers par la police. En deux jours, leur situation est devenue si épouvantable que des professeurs ont conseillé à leurs élèves géorgiens de ne plus sortir dans la rue et l’objectif de cette opération terreur est parfaitement clair. Héritage des temps soviétiques, la diaspora géorgienne de Russie contribue à faire vivre de centaines de milliers de personnes en Géorgie et Vladimir Poutine veut faire voir qu’il ne reculera devant rien pour faire plier un pays indépendant depuis l’effondrement de l’URSS mais lié à la Russie depuis plus de deux siècles et qui veut maintenant entrer dans l’Otan. Vladimir Poutine veut faire rentrer la Géorgie dans le rang. Il veut la mettre à genoux non seulement pour que le pétrole d’Asie centrale ne puisse pas passer par son territoire et éviter ainsi de passer par la Russie mais aussi, surtout, pour donner à réfléchir à toutes les autres anciennes Républiques soviétiques, Ukraine en tête, qui seraient tentées de suivre son exemple. C’est la raison d’Etat qui commande. Moscou défend son aire d’influence. C’est pour cela que cette crise est grave et commence à inquiéter beaucoup de capitales mais les méthodes employées sont si épouvantables et répugnantes qu’elles pourraient bien se retourner contre la Russie. Devant cette brutalité, on ne peut en effet que se demander quel type de relations la Russie propose à son « étranger proche » comme elle dit et quel intérêt ces pays auraient à lui rester liés. Les Etats-Unis ont le tort de pousser leur avantage contre la Russie, d’étendre l’OTAN jusqu’à ses frontières mais, à vouloir écraser ses voisins, la Russie risque de tous les détourner d’elle.

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