C’est un feuilleton, mais un feuilleton capital. On le disait, hier, à ce micro, les pourparlers israélo-palestiniens sont encore loin d’être rompus mais ils sont, maintenant, si loin de l’être qu’un rebondissement semble bien s’annoncer. A en croire le Haaretz, le journal de référence israélien, Benjamin Netanyahou va, en effet, soumettre, à ses principaux ministres, sous 48 heures, une proposition de prolongation de deux mois du gel des constructions dans les colonies des Territoires occupés. Hier matin, déjà, l’un des journaux arabes basés à Londres indiquait, de source israélienne, que le Premier ministre et chef de file du Likoud envisageait cette évolution de sa position à laquelle le monde entier, Américains en tête, l’appelait depuis un mois. Outre son isolement international, ce qui l’aurait convaincu de faire ce geste est la promesse qui lui a faite Barack Obama d’appuyer, en échange, le maintien de troupes israéliennes sur la frontière entre la Jordanie et l’Etat palestinien qui devrait naître de ces pourparlers. Il s’agit là d’une des principales conditions israéliennes à tout accord de paix et de la plus difficile à admettre par les Palestiniens dont l’Etat n’aurait alors qu’une souveraineté limitée. En plus de cet engagement des Etats-Unis, Benjamin Netanyahou aurait obtenu d’eux un important accroissement de leur aide militaire, économique et diplomatique à Israël. C’est ce qui se tramait, dans l’ombre, depuis dix jours. C’est pour cela que toutes les parties dramatisaient la situation tout en se gardant d’aller trop vite à la rupture mais tout dépend, maintenant, des courants les plus à droite de la coalition israélienne. D’un côté, Benjamin Netanyahou pourra leur faire valoir qu’il ne s’agit que de soixante jours supplémentaires de suspension des constructions, que les contreparties offertes par Barack Obama sont plus que substantielles, gigantesques en fait, et qu’il n’est pas forcément nécessaire de prononcer le mot de « gel » puisqu’un simple blocage des permis de construire devrait suffire à satisfaire les Palestiniens qui ne se battent, là, que sur un symbole. De l’autre, l’extrême droite israélienne n’est pas assez stupide pour ne pas comprendre qu’il y a une dynamique de la proposition qui lui est soumise et que c’est sur elle que les Etats-Unis tablent. Si les pourparlers se poursuivent grâce à ces deux mois de gel supplémentaires, ils entreront dans le vif du sujet. Les négociateurs s’attaqueront aux questions de fond que sont le droit au retour des réfugiés palestiniens, Jérusalem, la frontière avec la Jordanie et les échanges de territoires qui permettraient, à la fois, le maintien des grandes colonies israéliennes et la création d’une continuité territoriale entre la Cisjordanie et Gaza. Si la sauce prend, si l’impossible s’avère, c’est une possibilité de paix fondée sur la coexistence de deux Etats qui se profilera, d’une paix dont l’extrême droite ne veut pas car elle ne veut pas plus renoncer aux Territoires qu’accepter un Etat palestinien. Elle peut dire non mais Benjamin Netanyahou peut, lui, rompre avec elle et former une nouvelle coalition avec le centre, très favorable à la paix et prêt à de vraies concessions. Le feuilleton continue.

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