On se serait cru revenu au tournant du siècle et à ses grands attentats islamistes. Hier matin, en plein centre de Mogadiscio, la capitale somalienne, un camion piégé a explosé à proximité de plusieurs ministères et, dans les décombres, le hurlement des sirènes et les pleurs des familles tenues à distance, on a décompté plus de 70 morts et relevé plus de 150 blessés que les hôpitaux débordés n’arrivaient pas à soigner.

L’horreur s’est une fois de plus abattue sur ce pays de la Corne de l’Afrique, de cette pointe orientale du continent noir dressée entre le Golfe d’Aden et l’Océan indien. Depuis vingt ans, l’histoire de la Somalie est celle d’une tragédie car, depuis la chute, en 1991, de son ancien dictateur, Siyaad Barre, emporté par l’échec de sa tentative de conquête de l’Ogaden éthiopien, les Somaliens vivent, ou tentent, plutôt, d’échapper à la mort dans ce qu’on appelle un Etat failli au large duquel s’est développée la piraterie.

Siyaad Barre renversé, aucun vrai pouvoir ne l’a en effet remplacé. Il s’est créé un vide politique dans lequel les grands clans ont tenté d’assurer leur mainmise sur le pays. Il s’en est suivi une guerre civile, aussi confuse que sanglante et si vite devenue tellement atroce que, sous mandat de l’Onu et commandement américain, une intervention humanitaire, la première de cette envergure, fut lancée en 1992.

Elle s’appelait Restore Hope , restaurer l’espoir. L’objectif était noble mais un an plus tard, harcelées de tous côtés, en proie à des coalitions mouvantes dans lesquelles les islamistes jouaient un rôle toujours plus grand, ne sachant plus contre qui elles se battaient et comment le faire, les troupes américaines avaient perdu pied avant d’assister impuissantes au lynchage de plusieurs de leurs hommes.

Passées en boucle sur toutes les télévisons du monde, ces images amènent Bill Clinton à annoncer un retrait des Etats-Unis. Totale, absolue, cette débâcle laissera l’Amérique et l’Onu si meurtries que c’est à cause d’elle que le monde restera passif, au printemps 1994, devant le génocide des Tutsis du Rwanda. Les grandes puissances, l’Onu, les grands principes, la presse aussi, ont déclaré forfait en Somalie il y a 15 ans déjà et depuis, entre des négociations de paix qui n’ont jamais mené à rien, des transitions qui n’ont jamais abouti et une intervention de l’Union africaine dont on se demande à quoi elle sert, ce pays n’en finit plus de plonger dans une anarchie si effroyable que les islamistes y ont pu passer pour un recours.

Comme un temps les taliban afghans, les Chabaab, les islamistes somaliens, ont fini par séduire en coupant les mains des voleurs et appliquant la charia mais, illuminés et totalement paranoïaques, ils ont aussi refusé toute aide internationale si bien que, sécheresse aidant, la famine s’est maintenant abattue sur la Somalie où des enfants au ventre ballonné meurent accrochés au flanc d’adultes décharnés. Dans cet enfer, les islamistes perdent pied. Ils ont du opérer ce qu’ils appellent un « repli tactique » de Mogadiscio et c’est pour montrer qu’ils comptent encore qu’ils ont tué hier, encore plus fous que barbares.

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