Il n’a pas été bon, pas à la hauteur, mal à l’aise et manquant de punch. Barack Obama, c’est un fait, est sorti perdant de son premier débat télévisé, mercredi, avec Mitt Romney, son adversaire républicain, mais il y a quelque chose de tout à fait étonnant, et même stupéfiant, dans la rapidité avec laquelle tant de gens, en Amérique et de par le monde, se sont saisis de cet échec d’un soir pour décréter qu’on aurait vu là la vérité d’un président qui n’aurait décidément pas été à la hauteur de son mandat et ne serait qu’une fausse valeur.

Alors, oui, la cause est entendue, Barack Obama n’a pas fait des Etats-Unis un paradis terrestre et du monde un océan de paix mais rien, rien de bon dans son bilan, rien qu’il ne faille applaudir et dont il faudrait le féliciter ?

Etrange affirmation car, enfin, dans quel état son prédécesseur avait-il laissé l’Amérique ? La réponse est simple : en ruines. Georges Bush avait si bien réduit les impôts des plus riches au nom de l’idée que l’impôt tue l’impôt et qu’il ne faut pas imposer les plus fortunés à proportion de leur richesse sous peine de casser l’esprit d’entreprise qu’il avait privé de ressources l’Etat fédéral dont il avait, parallèlement, vidé les caisses avec la guerre d’Irak.

Cette décision n’avait pas eu pour but de faire une fleur à ses amis et son milieu. Elle avait été essentiellement idéologique puisqu’il est bien connu n’est-ce pas- que, plus l’Etat est faible, incapable de préparer l’avenir et d’assurer la cohésion sociale, mieux l’économie se porte car, libérés de tout contrôle et de toute contrainte, le marché et sa main invisible peuvent – n’est-ce pas ? -agir au mieux et pour le bien de tous. La preuve en avait d’ailleurs été spectaculairement, tragiquement administrée par le krach de Wall Street dont la brutale faillite avait révélé les pratiques, les malversations, l’égoïsme et l’oubli de toute prudence auxquels peut arriver l’argent lorsqu’il n’a plus de comptes à rendre à quiconque

C’est une Amérique au bord du gouffre que Barack Obama avait trouvée en entrant à la Maison-Blanche et c’est la détermination avec laquelle il avait su mobiliser la puissance publique pour sauver l’industrie et les banques qui a évité à l’Amérique un vrai cataclysme économique et l’a maintenant remise sur pieds. Ce n’est déjà pas si mal pour un incapable mais, c’est dans ces conditions et malgré l’opposition farouche des Républicains qui voyaient là le triomphe des partageux et les débuts du communisme, qu’il a également su faire voter la réforme qui a assuré une couverture maladie aux plus de quarante millions d’Américains qui en étaient simplement dépourvus.

Aucun de ses prédécesseurs n’y était parvenu. Barack Obama lui, l’a fait. Ce n’est pas précisément rien et il enfin su redresser l’image de l’Amérique dans le monde et tout particulièrement dans le monde arabe par des discours – cela compte en politique – qui resteront parmi les grands textes de l’histoire des nations. Il a, autrement dit, su redonner un prestige moral à la plus puissante démocratie du monde et aucun démocrate ne saurait lui en être trop reconnaissant. Alors, oui, il eut ses faiblesses, notamment l’abominable, l’exécrable faiblesse d’avoir trop cru à la nécessité de créer du consensus avant d’agir mais des nuls de cette sorte, pardon de le dire, on en redemande.

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