Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, est aujourd’hui à Bruxelles. Il y sera reçu par les présidents de la Commission et du Conseil européens et ces rendez-vous sont de la première importance parce qu’il y a plus de deux millions de réfugiés syriens en Turquie et que les côtes turques sont devenues, via les îles grecques, le grand point de départ de l’odyssée vers l’Europe.

Les Européens voudraient donc obtenir de Recep Erdogan qu’il contrôle mieux ses frontières maritimes et les autorise, surtout, à créer sur son sol, en territoire turc, un de ces « hot spots » permettant à l’Union de faire le tri entre personnes éligibles au droit d’asile et migrants économiques qui ne le sont pas.

Normalement, cela ne devrait pas poser de problèmes majeurs puisque la Turquie est candidate à l’entrée dans l’Union et que, formellement parlant, ce processus d’adhésion est toujours en cours bien que la majorité des capitales et des opinions européennes y soient clairement hostiles. Normalement, Recep Erdogan devrait saisir l’occasion de relancer la candidature de son pays en faisant les gestes que l’Europe attend de lui. L’Union devrait, en retour, l’en remercier en redonnant un peu d’allant à des négociations aujourd’hui en veilleuse.

C’est un donnant-donnant qui paraît tomber sous le sens mais rien, pourtant, ne sera facile car les libertés ne cessent plus de reculer en Turquie.

La semaine dernière encore, l’un des plus jeunes et plus brillants journalistes turcs, Ahmet Hakan, a été sauvagement agressé après une émission de télévision. Les deux seuls groupes de presse qui osent toujours garder leurs distances avec le chef de l’Etat sont soumis à une constante et violente pression du pouvoir. Il y a une dérive dictatoriale à Ankara, d’autant plus consternante qu’au début de ce siècle, la Turquie était au contraire entrée dans une réelle phase de modernisation économique et politique.

Après avoir remporté les élections de 2002, le parti de Recep Erdogan, l’AKP, avait confirmé sa rupture avec l’islamisme de ses débuts en s’affirmant en parti « islamo-conservateur », culturellement traditionaliste, économiquement libéral et respectueux des libertés et de la laïcité turques. En plein boom économique, la Turquie était alors devenue l’un des plus prometteurs des pays émergents mais ce succès a tellement enivré Recep Erdogan qu’il n’a plus admis la moindre critique, s’est fait élire président avec l’espoir affiché de modifier la Constitution pour s'attribuer des pouvoirs étendus et qu’il a, en conséquence, perdu les législatives de juin dernier, pour la première fois en 13 ans.

Tout s’est terriblement tendu depuis en Turquie où, faute de majorité parlementaire, on revotera le 1ier novembre. Il ne semble pas que ce vote puisse être plus favorable à Recep Erdogan que celui de juin. Certains des démocrates turcs en sont à craindre un coup de force et ce n’est bien évidemment pas dans un tel climat que l’Union pourrait donner de nouvelles assurances d’adhésion à la Turquie. Consensus il y aura sans doute à Bruxelles, bien obligé, mais sans ampleur ni chaleur.

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