C’est la dernière en date des purges de Recep Erdogan...

Près de treize mille policiers ont été mis à pied hier par le président turc alors que, depuis la tentative de coup avorté de juillet dernier, 32 000 personnes ont déjà arrêtées et que 70 000 autres font l’objet de poursuites.

Armée, magistrature, enseignement, presse bien sûr, tous les milieux sont touchés et les autorités ferment à tour de bras les journaux, radios et chaînes de télévision qui leur déplaisent.

Officiellement cette répression vise à démanteler les réseaux secrets de l’organisation de Fethullah Gülen, prédicateur conservateur mais non-violent installé aux Etats-Unis et qui aurait été l’instigateur de la tentative de coup d’Etat. La Turquie se défend contre une confrérie putschiste, dit Recep Erdogan, mais si les gülenistes sont effectivement sa cible, tous les esprits libres du pays et les Kurdes, surtout, le sont aussi. Jour après jour, la Turquie s’installe dans la dictature d’un homme, son président, qui entend faire taire toute critique.

Il y a deux explications à cette dérive.

La première est qu’après plus d’une décennie de croissance record, de modernisation et de progression du niveau de vie, l’économie marque le pas. Ce n’est pas la catastrophe, pas encore en tout cas, mais la période des vaches grasses s’est achevée. Un mécontentement social a grandi et s’était traduit, au début de l’été 2015, par un recul de l’AKP, le parti islamo-consevateur du chef de l’Etat qui avait alors perdu sa majorité absolue.

Autoritaire, voire mégalomane, Recep Erdogan n’a pas supporté l’idée qu’il puisse bientôt perdre le pouvoir. Il a donc relancé les affrontements miliaires avec les indépendantistes kurdes afin de susciter un réflexe nationaliste dans le pays et l’a fait avec d’autant plus d’ardeur, seconde raison de cette dérive, qu’il craignait que l’émergence d’un Kurdistan indépendant en Syrie ne réveille l’irrédentisme de ses propres Kurdes.

Recep Erdogan a si bien déstabilisé son pays afin d’en conserver les commandes qu’il s’est mis lui-même en péril et n’a plus vu d’autre solution que la répression tous azimuts dans laquelle il s’est maintenant lancé, sachant qu’il n’avait rien à craindre des alliés occidentaux de la Turquie.

Les Etats-Unis auraient tous les moyens de le réfréner puisque la Turquie est membre de l’Otan et que son armée dépend des fournitures américaines mais ils se contentent de toussoter car ils ne veulent pas accroître la confusion régionale en pleine crise syrienne. Les Européens disposent de tous les moyens de pression sur lui puisque la Turquie négocie son entrée dans l’Union mais ils se taisent car ils craignent qu’il ne pousse vers leurs côtes les deux millions et demi de réfugiés syriens auxquels il a offert l’asile.M. Erdogan a les mains libres et ses prisons se remplissent.

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