Où l'on voit que Mme Merkel, Emmanuel Macron et Jean-Claude Juncker doivent obtenir de Madrid une demande de mission européenne de bons offices au plus

Elle ne le peut pas mais elle le doit. Face à la crise catalane, l’Union européenne, c’est-à-dire ses institutions et les pays qui en sont membres, ne peut rien, c'est vrai, car elle n’a aucun titre à intervenir dans ce qui est, juridiquement parlant, une affaire intérieure à l’Espagne.

Si elle ne faisait même que proposer une médiation sans que Madrid le lui ait demandé, l’Union jouerait de fait le jeu des indépendantistes qui souhaitent internationaliser le problème – le président catalan l’a redit hier soir – afin de mettre sur pied d’égalité les gouvernements d’Espagne et de Catalogne, comme s’il s’agissait déjà de deux pays différents. Le gouvernement espagnol aurait toutes les raisons de le prendre mal et de repousser cette proposition.

Pour l’Union, il ne servirait à rien d’aller au-devant d’un échec mais elle doit pourtant trouver les moyens d’intervenir – c’est un impératif - avant que Madrid et Barcelone n’en viennent à l’affrontement.

Or c’est une question de jours.

Si rien ne bouge, là, maintenant, très vite, l’exécutif catalan sera bientôt contraint de proclamer unilatéralement l’indépendance. La loi d’organisation du référendum lui en fait obligation et c’est ainsi que lundi ou mardi prochains, Madrid pourrait se retrouver obligée de riposter à cette proclamation par la suspension de l’autonomie de la Catalogne. La Constitution en donne la possibilité au pouvoir central et il serait, dès lors, bien difficile d’éviter la violence car aucune des deux parties ne pourra plus risquer de perdre la face.

La droite espagnole au pouvoir a une base et un appareil d’Etat qui attendent d’elle qu’elle donne force à la loi. Le Roi lui-même a brûlé ses vaisseaux en sortant de sa neutralité et dénonçant de front les indépendantistes. Madrid veut briser l’indépendantisme catalan en lui refusant toute concession et les indépendantistes, de leur côté, sont eux-mêmes prisonniers des espoirs qu’ils ont fait naître en sachant organiser ce référendum. Ils ne peuvent plus reculer sans commettre un suicide politique et c’est la raison pour laquelle l’Union européenne ne peut pas ne pas tout tenter pour éviter une catastrophe annoncée.

Il faut donner du temps au temps, obtenir des Catalans qu’ils suspendent leur proclamation d’indépendance ou n’en fassent qu’une proclamation de principe qui ne deviendrait réalité qu’en cas d’échec des négociations à ouvrir. Il faut parallèlement obtenir de Madrid une disponibilité à de vraies concessions et une demande, surtout, de mission européenne de bons offices.

A eux trois, Mme Merkel, Emmanuel Macron et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, devraient y parvenir pour peu qu’ils s’y mettent. Rien n’est déjà perdu, mais le temps presse.

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