Avec Lula en prison empêché de se présenter, et un ras-le-bol de la corruption et de l’insécurité, le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro pourrait arriver en tête du premier tour dimanche.

Le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro tient un enfant en uniforme de soldat dans ses bras, à un événement militaire à Sao Paolo en mars dernier. Ancien officier, il parle avec nostalgie de la période de dictature militaire au Brésil (1964-1985)
Le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro tient un enfant en uniforme de soldat dans ses bras, à un événement militaire à Sao Paolo en mars dernier. Ancien officier, il parle avec nostalgie de la période de dictature militaire au Brésil (1964-1985) © AFP / Nelson ALMEIDA / AFP

On a presque du mal à s’en souvenir, tant l’élection présidentielle au Brésil se déroule dans un climat délétère, avec un candidat d’extrême droite, raciste, sexiste et homophobe en tête des intentions de vote. Et pourtant, le Brésil était il y a quelques années encore, le grand espoir, non seulement de l’Amérique latine, mais du monde émergent.

C’est au début des années 2000 qu’est apparu l’acronyme BRIC, pour Brésil, Russie, Inde et Chine, les économies émergentes en croissance rapide, auxquels se joindra plus tard l’Afrique du Sud pour former les BRICS. L’ironie veut que ce soit un économiste de la banque d’affaire Goldman Sachs qui ait imaginé le sigle, devenu plus tard celui du club officiel des puissances du nouveau monde.

Entre une Inde démocratique mais encore peu performante et une Chine autocratique, de plus en plus puissante, ou encore une Russie inquiétante sortie des décombres de l’URSS, le Brésil était paré de toutes les vertus. Celles que semblait incarner Lula, l’ancien syndicaliste devenu Président, capable de pousser des millions de familles pauvres dans la classe moyenne, d’être respecté par les Américains et les Chinois, de lancer le Brésil sur la scène mondiale.

Le Mondial de 2014 et les JO de 2016 devaient marquer le triomphe de l’émergence du Brésil ; ce fut au contraire une période de reflux économique –moins 7% en deux ans-, de crise sociale avec la dégringolade de la classe moyenne, et de grand doute démocratique.

Lula, le grand espoir de la décennie précédente, est aujourd’hui en prison pour purger une peine de 12 ans dans une affaire de corruption dont une partie du Brésil pense qu’elle a été montée pour l’abattre. Dilma Roussef, qui lui a succédé à la présidence, ex-militante de gauche torturée sous la dictature, a été destituée en 2016 pour maquillage des comptes publics ; et remplacée par Michel Temer, un homme de droite, aujourd’hui en fin de mandat, lui-même empêtré jusqu’au cou dans les affaires.

Cette déconvenue démocratique s’est accompagnée d’un sentiment d’écœurement face au « lava jato », le « lavage express » comme on appelle au Brésil le grand déballage sur les scandales politico-financiers comme l’affaire Petrobras, la compagnie pétrolière au centre d’un vaste réseau de pots de vin. La pureté initiale de Lula et de ses amis n’y a pas résisté.

Jair Bolsonaro, le candidat d’extrême droite, avec ses références nostalgiques aux vingt années de dictature militaire, surfe sur cette défiance démocratique et sur l’insécurité croissante. 

Il risque ainsi de se retrouver en tête du premier tour, devant Fernando Haddad, le candidat du Parti des Travailleurs, la doublure de Lula empêché de se présenter. La Bourse brésilienne a choisi son camp, qui grimpe parallèlement aux intentions de vote pour Bolsonaro, qui s’est choisi un conseiller économique très libéral.

Clairement, le « B » des BRICS va mal, et c’est une mauvaise nouvelle pour l’Amérique latine et pour le monde.

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