Les coups de théâtre se multiplient dans la campagne électorale américaine, sans véritablement changer la donne. Pas sûr que le dernier épisode, avec la contamination et l’hospitalisation du président, bouleverse la situation.

Donald Trump embrasse le drapeau américain en arrivant à un congrès conservateur en mars 2019, en des temps plus heureux avant le covid-19.
Donald Trump embrasse le drapeau américain en arrivant à un congrès conservateur en mars 2019, en des temps plus heureux avant le covid-19. © AFP / NICHOLAS KAMM / AFP

Les producteurs de la série télé « House of Cards » l’ont dit : si un scénario comme celui de la campagne présidentielle américaine leur avait été proposé, il n’aurait pas tenu 5 minutes car invraisemblable. 

En quelques jours, les coups de théâtre se sont succédé : les révélations sur les feuilles d’impôt de Donald Trump, la mort de la juge de la Cour suprême Ruth Bader Ginsburg, le débat chaotique des candidats, et finalement ce Covid-19 du couple présidentiel…

Chacun de ces coups de théâtre avait de quoi faire dérailler une campagne classique, et pourtant, l’Amérique s’est tellement habituée à la conduite dysfonctionnelle des affaires que rien ne peut plus surprendre, rien ne change fondamentalement la donne.

Les premiers sondages depuis l’hospitalisation de Donald Trump montrent une étonnante stabilité, même si une majorité estime que le Président aurait dû mieux se protéger du Coronavirus. 

La seule certitude est que Joe Biden remportera le vote populaire, son avance est assez nette ; mais on ne le dira jamais assez, le vote américain n’est pas national ; d’ailleurs Hillary Clinton elle-même avait une avance en voix sur Donald Trump, qui l’a emporté chez les grands électeurs. 

C’est donc dans un nombre limité d’États que ça se joue, et les sondages ne montrent qu’une seule chose : que Donald Trump a pu conserver tout au long de son mandat son socle électoral, sa base fidèle, quoi qu’il dise, et quoi qu’il fasse. Il avait lui-même ironisé sur le fait que les gens voteraient pour lui, même s’il ouvrait le feu sur la 5è avenue et tuait un passant ; cette fanfaronade n’était pas loin de la réalité.

Dans le monde polarisé de l’Amérique d’aujourd’hui, toute information négative sur Trump n’est qu’une « fake news » aux yeux de ses partisans, même lorsque les faits sont indiscutables.

Dans la dernière ligne droite de campagne, on peut faire confiance à Donald Trump pour transformer l’épisode accablant du Covid-19, après tant de mépris pour les gestes barrière, en succès personnel s’il s’en sort bien. Et ses électeurs d’applaudir.

On aura une première idée de la tonalité demain mardi, avec le débat des candidats vice-présidents, Mike Pence et Kamala Harris ; débat qui a son importance, car avec un Président affaibli et un Joe Biden vieillissant, les vice-présidents feront plus que de la figuration.

Mais surtout, il faut s’attendre à une dernière ligne droite impitoyable, pendant laquelle les Républicains vont vouloir à tout prix faire passer leur candidate à la cour suprême malgré la contamination de plusieurs sénateurs ; tandis que le président, quel que soit son état de santé réel, va vouloir montrer sa force face à « sleepy Joe », le surnom dont il affublait son rival démocrate avant d’être lui-même malade ; enfin, il va falloir se préparer à la confusion qui va entourer la proclamation des résultats.

Pour le reste du monde, c’est une Amérique absente pendant des semaines voire des mois, un monde rendu plus instable encore par la propre instabilité de la première puissance mondiale.

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.