Le week-end dernier, Tony Blair téléphonait à Georges Bush. Vous ne pouvez pas agir seuls contre Saddam, lui expliquait-il en substance. Il faut que l’opération soit approuvée par le Conseil de sécurité, qu’elle obtienne le soutien des Européens, de la Chine et de la Russie et le meilleur moyen, le seul, de les rallier est de mettre Saddam au pied du mur. Ou bien il accepte des vérifications de ses arsenaux, un vrai contrôle, approfondi, incontestable, expliquait le Premier ministre au Président, ou bien ses tergiversations défient la communauté internationale et vous aurez alors tout le monde avec vous, peu de gens, en tout cas, contre une intervention. Par ce coup de fil, Tony Blair plaidait aussi pour lui-même, demandait à Georges Bush de l’aider à l’aider car, en Grande-Bretagne comme dans toute l’Europe, l’opinion est très hostile à toute idée d’intervention sans aval de l’Onu. Georges Bush a reçu le message. Il l’a d’autant mieux compris que la presse, de grandes figures du Congrès, à peu près tous les caciques aussi de la diplomatie américaine, les anciens conseillers de son père en tête, lui tiennent le même discours depuis un mois et que l’opinion, les sondages le montrent, est sur la même longueur d’onde. Georges Bush a donc bougé hier. Lui qui ne voulait entendre parler ni de l’Onu ni, moins encore, d’un nouveau round de vérification, lui qui laissait plaider son vice-président et son secrétaire à la Défense en faveur de l’urgence d’une intervention, a longuement reçu, hier, les dirigeants du Congrès pour leur dire qu’il ne prendrait pas de décision sans leur accord, qu’il recevrait Tony Blair samedi, interviendrait, jeudi prochain, devant l’Onu et souhaitait que les parlementaires lui votent une résolution de soutien avant la fin de la session, avant la mi-octobre, une résolution qui lui donne en quelque sorte carte blanche. C’était donnant-donnant : je fais tout pour mobiliser le soutien international, vous m’accordez, vous, le vôtre. Apparemment, les congressistes n’ont pas dit « non » et un scénario paraît ainsi s’esquisser. Georges Bush va personnellement contacter président français, russe et chinoisl, leur faire comprendre que son front intérieur se renforce, les assurer qu’il veut donner une derrière chance à Saddam de se conformer à ses engagements de désarmement mais leur dire, en même temps, que si le président irakien n’obtempère pas, ils ne peuvent plus, eux, se dérober et devront appuyer les Etats-Unis. Tout, désormais, dépend ainsi de Saddam Hussein. Tony Blair le qualifie de « réelle et unique menace. Des chars américains voguent vers le Golfe. Ou bien le dirigeant irakien comprend qu’il n’a plus le choix ou bien il s’aveugle, comme en 1991, et il y aurait alors de grandes chances que les Européens soutiennent une intervention américaine. Le seul qui ne le ferait pas est Gerhard Schröder - il vient de le réaffirmer - mais les autres, tous les autres, n’auraient en effet plus grandes possibilités, quelles que soient leurs réticences, de désapprouver une intervention que l’attitude de Saddam justifierait. Ce n’est pas déjà la logique de guerre mais elle pointe.

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