Comment dire ? La « Francallemagne », en un seul mot ? La « Franmanie », en empruntant à l’anglais « Germany » ? Ou bien encore la « Franmagne » ? Aucun des ces néologismes, n’est bien satisfaisant mais, mais au rythme où vont les choses, il faudra finir par trouver un nom qui associe vraiment ces deux pays, la France et l’Allemagne, car ils ne cessent plus, depuis un an, de parler d’une seule voix. En septembre dernier, on n’en était toujours à croire que rien n’allait plus entre les anciens ennemis dont la réconciliation a fait l’Europe. Entre Schröder et Chirac, disait-on, le courant ne passe pas. C’était vrai. Maintenant qu’elle est unifiée, ajoutait-on, l’Allemagne a moins besoin de la France, veut exister par elle-même et le peut puisqu’elle est, de loin, le plus riche et le plus peuplé des pays de l’Union, situé, qui plus est, au cœur même de l’Europe élargie. C’était alors une idée répandue mais, avant même de se souder dans l’affaire irakienne, Paris et Berlin, ont su élaborer ensemble des propositions communes sur la réforme institutionnelle de l’Union. Le quarantième anniversaire du Traité de l’Elysée a ensuite relancé, en janvier dernier, la coopération franco-allemande et, après avoir fait front contre la volonté des Etats-Unis d’entraîner le monde dans l’aventure où ils se sont maintenant empêtrés, Français et Allemands ont encore su définir de nouvelles propositions européennes, sur la Défense cette fois-ci. Pour un couple supposé faire chambre à part, c’était déjà beaucoup mais, hier, en une seule journée, l’Allemagne et la France ont confirmé leur totale convergence en défendant, côte à côte, des positions parfaitement semblables sur les deux dossiers les plus chauds du moment. Sur l’économie, d’abord, Jacques Chirac et Gerhard Schröder ont estimé ensemble, à l’issue d’un déjeuner à Dresde, qu’il fallait d’urgence relancer la croissance en Europe et qu’il fallait le faire par une politique européenne de grands investissements. Le Pacte de stabilité, la limitation des déficits publics liant les pays de la zone euro, est aussi un Pacte de croissance, ont-ils rappelé en annonçant qu’ils présenteraient au Conseil européen d’octobre des projets d’investissement, dans la recherche, les transports et l’industrie, qu’ils souhaitent voir adopter dès le mois de décembre. Paris et Berlin prennent, là, leurs distances, avec l’orthodoxie monétaire, remettent le keynésianisme à l’honneur, affirment une singularité franco-allemande qui n’était pas moins nette sur l’Irak. C’est en effet d’une seule voix que le Chancelier et la Président ont estimé que le nouveau projet de résolution présenté par Washington au Conseil de sécurité marquait un « mouvement » mais « n’allait pas assez loin » puisqu’il ne prévoit ni de donner « la responsabilité du processus politique à l’Onu » ni de passer les commandes à un gouvernement irakien élu sans délais. La « Francallemagne » se définit désormais, à la fois, par un désir de faire de l’Europe une puissance politique, par une volonté de défendre les principes de la sécurité collective et par l’ambition de redonner un rôle économique au volontarisme politique. Le bon nom serait, peut-être l’Union franco-allemande.

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