Qu’est-ce que la gauche ? Qu’est-ce que la droite ? Ce fut longtemps évident, ou considéré comme tel, dans toute l’Europe mais ce l’est beaucoup moins aujourd’hui, à l’heure où le référendum européen a totalement divisé la droite et la gauche françaises ; où la gauche et la droite gouvernent ensemble en Allemagne ; où communistes, sociaux-démocrates et centristes italiens sont unis dans une coalition de gauche dirigée par un démocrate-chrétien et où Tony Blair, troisième exemple, est autant prisé par des socialistes que par des conservateurs patentés. Comme dans toutes les périodes de transition, les frontières entre gauche et droite se déplacent et se cherchent mais où vont-elles se fixer ? C’est loin d’être clair mais la Pologne, ce laboratoire politique du continent, est peut-être en train d’esquisser une réponse. Dans ce pays qui avait sonné le glas du communisme en 1980, anciens communistes et anciens dissidents, ces irréductibles ennemis, viennent de s’unir, contre le gouvernement conservateur en place, en vue des élections locales de novembre prochain. C’est, a priori, l’alliance des contraires mais, à bien y regarder, pas tant que ça. Un peu d’histoire. Lorsque les anciens dissidents, les hommes qui avaient fait Solidarité, sont portés au pouvoir, en 1989, par les premières élections libres de la Pologne d’après guerre, ils héritent d’un pays ruiné par la faillite de l’économie dirigée. L’urgence est de libérer l’initiative individuelle et ces hommes issus d’un syndicat, des sociaux-démocrates et des chrétiens sociaux, la gauche démocratique polonaise, optent pour une libéralisation radicale de l’économie. C’est la « thérapie de choc ». Elle fera ressusciter la Pologne, bondir la croissance mais son coût social, chômage de masse et exclusion, sera tel que les électeurs polonais rappellent bientôt les ex-communises au pouvoir. La Pologne en avait espéré une pause sociale mais, communiste ou pas, la nouvelle majorité poursuit la même politique car elle ne veut bien sûr pas briser l’envol du pays. Alors, il y a un an, les électeurs balaient communistes et dissidents au profit de l’extrême droite, d’une extrême gauche nationaliste, de vrais libéraux qui veulent déréglementer plus encore et, surtout, des fameux jumeaux, les frères Kaczynski et leur parti social-conservateur, mélange d’anti-libéralisme, de nationalisme et de catholicisme rigoriste. Depuis, les jumeaux gouvernent avec les deux extrêmes, surfant sur le besoin d’ordre, de repères et de traditions. C’est à droite toute et, face à ce pouvoir de plus en plus autoritaire et passéiste, face aux libéraux aussi, anciens communistes et anciens dissidents se sont trouvés des points communs dans leurs si lointaines gênes communes, dans les origines des gauches : les libertés, l’équité sociale, la laïcité. Contre le tout libéral et le traditionalisme, une nouvelle gauche balbutie en Pologne, et dans ce triangle, avec ces trois pôles, s’esquissent peut-être les frontières politiques de demain.

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