L’ancien Président iranien Akbar Hachémi Rafsandjani a été élu, hier, à la tête de l’Assemblée des experts. Cela ne fera pas l’ouverture des journaux télévisés, trop cuisine interne, trop compliqué, trop de choses à expliquer derrière cette simple nouvelle qui est, pourtant, capitale. En Iran, dans cet épicentre de tant de crises majeures – l’Irak, le Liban, la prolifération nucléaire, bien sûr – deux pouvoirs se superposent. Il y a celui qu’on voit, une République avec son Président, un Parlement et des élections qui, si contrôlées qu’elles soient, n’en reflètent pas moins les mouvements de l’opinion. Apparemment, ce sont ces élus de la nation qui gouvernent mais ils ne le font, en réalité, que sous l’autorité d’un autre pouvoir qui ne procède, lui, que du clergé et qui a la haute main sur la presse audio-visuelle, la Justice et l’ensemble des forces de répression. Au sommet de ce pouvoir religieux, là où se décide tout ce qui est important, on trouve le Guide suprême qui est lui-même entouré de cette Assemblée des experts, celle qui élisait son Président hier, une sorte de Comité central du clergé qui conseille le Guide, supervise son action et désigne son successeur à sa mort. Rien n’est, autrement dit, plus important en Iran que ce qui se passe dans cette Assemblée, constamment traversée de batailles de courant, feutrées mais extrêmement profondes car le clergé iranien est tout, sauf monolithique. Une bataille rangée divisait donc, hier, les experts entre les plus conservateurs, les partisans du Président de la République, Mahmoud Ahmadinejad, l’homme qui veut rayer Israël de la carte, et les deux autres grands courants du régime, les réformateurs et les conservateurs modérés dont le candidat, Akbar Hachémi Rafsandjani, l’a emporté par 41 voix contre 34. Les illuminés, ceux qui veulent imposer leur bombe au monde et renouer, surtout, avec l’exportation de la révolution islamique à l’ensemble du Proche-Orient ont été hier clairement battus à Téhéran. La politique iranienne n’en sera pas changée du jour au lendemain. La bataille va se poursuivre. Elle se lira entre les lignes dans les journaux et les prêches mais, après avoir perdu les élections municipales et régionales de décembre dernier, Mahmoud Ahmadinejad et les plus conservateurs viennent de se faire clairement désavouer par la majorité des experts. Ils sont non seulement isolés dans l’électorat mais aussi dans l’appareil clérical, dans les deux pouvoirs de la République islamique, l’apparent et le véritable. Après avoir soutenu Ahmadinejad par peur des réformateurs, le clergé s’est maintenant éloigné de lui par crainte de l’aventure et l’ancien Président Rafsandjani, l’homme auquel il s’est rallié en le portant à la tête de l’Assemblée des experts, est un partisan déclaré d’un modus vivendi avec les Etats-Unis et d’une ouverture économique du pays. Avec un peu d’audace et d’habileté, les Occidentaux peuvent aujourd’hui jouer des divisions de ce régime.

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