Prenons la carte, celle de l’Europe politique, non pas celle de l’Union européenne mais des frontières politiques du continent Europe. A son extrémité occidentale, la Turquie borde deux des 27 pays de l’Union, la Grèce et la Bulgarie. Elle confine, au sud, à la Syrie et l’Irak. Au nord, elle s’ouvre sur la Mer noire dont elle partage les côtes avec la Fédération de Russie, la Bulgarie, la Roumanie, autre pays de l’Union, et l’Ukraine et la Géorgie, les deux pays que se disputent aujourd’hui Occidentaux et Russes. A l’est, enfin, à son extrémité orientale, la Turquie partage une frontière avec la Géorgie encore, l’Arménie et l’Iran. La géographie suffit à dire à quel point ce pays est aujourd’hui central, incontournablement placé entre l’Union et les deux zones de crise qui agitent ses confins, le Caucase et le Proche-Orient. A elle seule, la géographie suffirait à placer la Turquie au cœur de l’actualité internationale mais Nicolas Sarkozy, l’homme qui ne veut pas la voir entrer dans l’Union et qui avait fait de ce refus l’un des grands thèmes de sa campagne présidentielle, vient de placer les projecteurs sur elle, et de la manière la plus élogieuse qui soit. De la capitale syrienne, Damas, où il achevait hier une visite politique, brève mais extrêmement dense, le président français a rendu hommage, au nom de l’Union européenne qu’il préside en ce moment, au rôle d’intermédiaire que la Turquie joue dans les pourparlers de paix indirects entre Israël et la Syrie. « Les Turcs, a-t-il dit, ont fait un travail remarquable qui doit aboutir à des négociations directes et c’est toute l’Europe qui est reconnaissante à la Turquie ». Dans sa bouche, ce n’était pas rien et le même jour, de Paris, la France s’est félicitée, toujours en tant que présidente de l’Union, du voyage que le chef de l’Etat turc effectuera, demain, en Arménie, officiellement pour y assister à un match de football opposant les deux pays mais pour paver, en fait, la voie, d’une réconciliation historique entre deux nations divisées par le souvenir du génocide des Arméniens de Turquie il y a un siècle. Ce génocide, l’un des trois du XX ième siècle, la Turquie ne veut pas en reconnaître la réalité car elle n’en supporte pas la honte, l’impute à l’histoire de son démembrement et ne veut pas avoir d’indemnités à payer mais ce déni est l’un des grands obstacles à son entrée dans l’Union. Beaucoup trop lentement mais petit à petit, la Turquie marche donc vers la révision de son histoire officielle et la France vient, à juste titre, de la féliciter du pas que constitue cette visite. Nicolas Sarkozy avait, hier, deux raisons d’applaudir la Turquie mais, s’il l’a fait, c’est aussi que l’Union européenne ne peut pas se passer de la Turquie si elle veut agir à ses confins caucasien et proche-oriental. L’actualité, la géographie, la politique, les faits lui forcent la main car l’Europe, qu’elle le souhaite ou non et la France le souhaite, est appelée à agir dans ces régions. L’un des enseignements de la crise géorgienne est que l’Union devra savoir quoi faire dans ces pays qui regardent vers elle – Ukraine, Géorgie et Turquie.

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