C’est un événement sans précédent, la plus grande manifestation de toute l’histoire d’Israël. Avant-hier soir, plus de 400 000 personnes, plus de 5% de la population du pays, sont descendues dans les rues de Tel Aviv, de Jérusalem et de bien d’autres villes pour protester conte la cherté de la vie, la misère croissante des plus pauvres et l’insolente richesse des plus fortunés.

C’est comme si trois millions de manifestants avaient envahi les rues françaises et l’ampleur de ce mouvement de protestation sociale, né le 14 juillet (ça ne s’invente pas) d’un appel lancé sur internet par une jeune femme en butte à un problème de logement bouleverse le paysage politique israélien.

Ce pays qui ne bougeait plus depuis que l’assassinat de Yitzhak Rabin et l’échec des négociations avec les Palestiniens avaient atomisé le camp de la paix, s’est soudain réveillé, jeune, inventif et déterminé. Les électorats de droite et de gauche se sont retrouvés coude-à-coude, classes moyennes modernistes et familles pauvres et religieuses soudainement unies contre la libéralisation de l’économie menée tambour battant par Benjamin Netanyahou depuis son premier mandat de la fin des années 90.

Au-delà de la question palestinienne, une unité nationale s’est recrée pour demander un retour aux traditions sociales des premières décennies d’Israël, à cette époque où une plaisanterie répandue disait que ce pays était le seul où le communisme ait marché. Après avoir espéré tout l’été que cette explosion de colère serait sans lendemain, Benjamin Netanyahou se voit ainsi censuré par le triomphe d’un mouvement dont le slogan central était « Le peuple veut la justice sociale », dont les banderoles proclamaient « La privatisation tue l’Etat » ou « Le marché est libre mais pas nous » et qui a mis à jour tous les malaises d’une société où la croissance est aussi forte que celle du taux de pauvreté.

La presse a emboité le pas à cette contestation qu’elle soutient parce que ses lecteurs et ses journalistes la soutiennent. C’est Israël contre son Premier ministre, contre les grandes fortunes que sa politique économique favorise, contre une classe politique qui ne se soucie plus des citoyens. C’est une lame de fond que Benjamin Netanyahou s’est engagé à prendre en compte en créant une commission chargée de négocier avec des représentants des manifestants mais nul ne sait encore sur quoi pourrait déboucher ce mouvement.

Depuis la libéralisation économique et l’échec du processus de paix, il n’y a plus de gauche en Israël, plus de grand parti qui puisse être porté par ce réveil national qui fait apparaître un vide politique. Prioritairement consacrées à l’effort de défense, les caisses de l’Etat sont tout sauf inépuisables. Colonisation et occupation des Territoires palestiniens en tête, tout serait à repenser pour pouvoir satisfaire les mille revendications de ce mouvement dont la question palestinienne pourrait aisément briser l’unité. Israël s’interroge mais comment n’être pas frappé par le parallèle entre cet « été israélien », le « printemps arabe » et le mouvement des « indignés » en Europe ? Le monde bouge, partout, et une banderole proclamait samedi : « Révolution en Egypte ? C’est fait. En Tunisie ? C’est fait. En Israël ? En cours ».

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