L’Europe va toujours plus diviser la gauche. Au sein comme à la périphérie de la majorité gouvernementale, à la gauche du PS, comme dans ses rangs, de nombreux élus se refusent à ratifier le Traité sur la stabilisation, la coordination et la gouvernance, ce pacte budgétaire que le candidat Hollande se refusait à signer mais que le président Hollande défend aujourd’hui car il a obtenu, c’est vrai, qu’il soit accompagné d’importantes mesures de relance et de régulation, notamment bancaires.

Déjà vif, le débat risque de bientôt devenir passionnel, peut-être autant qu’au moment du référendum sur le traité constitutionnel, car les arguments sont aussi solides d’un côté que de l’autre. Les uns, ces dissidents que la majorité rappelle vainement à l’ordre, font valoir que ce traité contraindra la France et l’ensemble des pays de la zone euro à brutalement réduire leurs dépenses et précipitera donc l’Europe dans la récession. Le seul résultat de cette politique, disent-ils, est que l’activité en sera ralentie, que les rentrées fiscales en seront diminuées et que, dans un cercle vicieux, l’endettement en sera alourdi et non pas réduit, contrairement à l’objectif poursuivi par les partisans de la rigueur.

Ils n’ont pas tort. La plupart des économistes, y compris ceux du Fonds monétaire international, le disent aussi. Il y a toutes les raisons de ne pas ratifier ce Traité mais ses défenseurs ont également leurs raisons qu’on aurait tort de ne pas entendre. Il faut prendre en compte, disent-ils, la peur de l’inflation qui habite l’Allemagne depuis que l’hyperinflation d’avant guerre y avait tant contribué à l’avènement d’Hitler. On ne peut pas faire, expliquent-ils, comme si l’Allemagne n’existait pas et comme si les décisions européennes pouvaient se prendre sans compromis. Il faut voir, poursuivent-ils, la dynamique qui se crée et non pas une seule étape et eux non plus n’ont pas tort.

Eux, les défenseurs de la ratification, font valoir que l’Allemagne a déjà fait de grands pas en acceptant que l’Europe investisse dans la relance de ses économies, que la ratification du traité permettra à Angela Merkel d’en faire de nouveaux dans la solidarité entre Etats membres et qu’elle donnera surtout la possibilité au président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, de racheter de la dette des Etats les plus affaiblis, de faire ainsi baisser les taux d’intérêt qu’ils doivent payer et de remettre par là les économies européennes sur les rails en violant – c’est le mot – les plus rigoristes des Allemands et leur banque centrale, la Bundesbank.

D’un côté, il y a une critique fondée de ce Traité. De l’autre, il y a une vision des compromis dans lesquels il s’inscrit et, fondamentalement, une confiance tout aussi fondée dans l’idée qu’un équilibre se trouvera entre rigueur et relance car aucun pays européen et surtout pas l’Allemagne ne peut se permettre de laisser la zone euro entrer dans une récession durable – même au nom du rétablissement de ses comptes.

Cette ratification n’est qu’une étape dans un long processus, c’est vrai, mais tant que le chef de l’Etat n’aura pas su expliquer pourquoi il veut en passer par là et pour aller où, le débat n’avancera pas.

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