Forum économique, le sommet du G-20 sera dominé, aujourd’hui et demain à St-Petersbourg, par une crise qui ne l’est pas, l’affaire syrienne bien sûr. Ce ne serait pas le cas si le régime de Damas n’avait pas recouru, il y a deux semaines, aux armes chimiques et si ce sommet n’était pas présidé par Vladimir Poutine, principal soutien de ce régime et actif adversaire des mesures de sanction militaires qu’envisagent la France et les Etats-Unis.

C’est ce télescopage du calendrier international et d’un événement majeur qui impose une crise politique dans une enceinte en principe exclusivement économique mais, à bien y regarder, le hasard n’explique pas tout. Devenu sommet annuel après le krach de Wall Street mais créé, dès 1999, pour offrir un forum de discussions commun aux puissances établies du G-7 et aux pays émergents, le G-20 regroupe aujourd’hui les 19 pays les plus riches du monde plus l’Union européenne qui en est la première puissance économique.

Le G-20, c’est les deux tiers de la population mondiale et 90% de la production du globe et il constitue, à ce double titre, un groupe autrement plus représentatif du monde actuel et de ses rapports de force que le P-5, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Le P-5, Etats-Unis, Chine, Russie, France et Grande-Bretagne, c’est le monde tel qu’il était sorti de la Deuxième guerre mondiale. C’est encore là que siègent les pays qui concentrent à la fois le plus de richesses, d’influence politique et de poids militaire mais les 20, c’est le nouveau siècle naissant où les Etats-Unis et l’Europe ne sont plus que des puissances relatives et où la production de richesses est désormais assurée pour moitié par des pays qui ont émergés.

Le poids économique n’allant pas sans poids politique, le G-20 ne peut donc que devenir une instance politique dont la légitimité finira, un jour, par tout autant compter que celle des cinq permanents du Conseil de sécurité. Entre les deux instances, une concurrence s’amorce et ce n’est donc pas, non, un seul hasard de calendrier qui fera de la Syrie le sujet dominant de ce G-20.

Bon. C’est ainsi. C’est la réalité du monde mais, en l’occurrence, la réalité est aussi qu’il n’est pas du tout certain que le sommet de St-Petersbourg permette d’avancer plus sur la Syrie que les réunions du Conseil de sécurité. Ce n’est pas totalement exclu. Peut-être que les entretiens bilatéraux y permettront d’esquisser les nécessaires compromis d’une future solution politique mais le fait est que cette crise divise tout autant les 20 que les 5 car tout s’y mêle, la question iranienne, l’affrontement montant entre sunnites et chiites, la volonté d’être d’un Vladimir Poutine dont la popularité recule en Russie, la peur que suscitent les chaos des mondes arabes et l’espoir que n’en constituent pas moins leurs révolutions, l’inexistence politique de l’Union européenne et le vide qu’elle est pourtant appelée à remplir maintenant que les Etats-Unis s’éloignent de l’Europe et du Proche-Orient, la conscience qu’en a la France et le refus de voir ce vide dans lequel s’obstinent l’Allemagne et le reste de l’Union.

Deux forums sont en concurrence mais ce qui les caractérise l’un comme l’autre est leur paralysie.

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