Où l'on voit qu'une adhésion de la Turquie à l'Union européenne est aujourd'hui impossible mais que Mme Merkel a tort d'injurier l'avenir en la refusant à jamais

Comme dirait Emmanuel Macron, c’est « en même temps ». Lorsque Angela Merkel déclare – c’était dimanche soir lors de son débat télévisé avec le candidat social-démocrate, Martin Schulz, qui voudrait lui succéder le 24 septembre – qu’elle est favorable à un arrêt des négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne et qu’il est « clair » que ce pays ne doit pas en devenir membre, elle a pleinement raison.

Depuis la tentative de putsch du 15 juillet 2016, Recep Erdogan, le président turc, a révoqué plus de cent mille fonctionnaires, jeté quelques cinquante mille personnes en prison et fait arrêter plus de 160 journalistes. Loin de la démocratie qu’elle devenait dans la dernière décennie, la Turquie devient toujours plus dictatoriale et s’éloigne chaque jour plus du respect du droit et des libertés exigé de tout pays candidat à l’entrée dans l’Union.

En appelant à l’arrêt des négociations d’adhésion, la chancelière ne dit donc que l’évidence et pourtant, en même temps, elle a tort.

Elle a tort d’ajouter qu’elle n’a jamais cru qu’une adhésion de la Turquie puisse advenir un jour car, si c’est le cas, elle n’aurait pas dû attendre aujourd’hui pour le dire mais s’opposer à l’ouverture des négociations et ne pas mentir sur son intime conviction aux Turcs, aux Allemands et à l’ensemble des Européens.

Bien plus grave encore, elle a tort sur le fond car elle confond quatre Turquie – celle de la petite bourgeoisie prude et pieuse qui soutient l’actuel président, celle des classes moyennes urbaines qui sont de plein pied dans l’Europe et feront ce pays, celle de la dérive dictatoriale d’Erdogan et celle d’une aspiration à l’Etat de droit qui ne cesse de s’affirmer.

La Turquie hésite, patine mais, aux confluents de l’Asie centrale, de l’Europe et du Proche-Orient, c’est un pays dont l’histoire est européenne depuis plusieurs siècles, qui regarde vers l’Europe depuis un siècle et demi et que l’Union européenne aurait tout intérêt à s’attacher plutôt que de la laisser voguer vers la Russie et les chaos du Proche-Orient, qu’elle aurait tout intérêt à avoir avec elle plutôt que contre elle.

Oui, dira-t-on, mais les libertés.

Eh bien, oui, l’état où elles sont aujourd’hui en Turquie est totalement incompatible avec une adhésion ou même des négociations d’adhésion à l’Union mais Erdogan n’est pas éternel. Ce qui serait inconcevable aujourd’hui ne le sera plus après lui et il faut d’autant moins injurier l’avenir que la manière dont la France de Nicolas Sarkozy, déjà, avait claqué la porte au nez de la Turquie n’est pas étrangère à son évolution actuelle.

L’Europe a autant besoin de la Turquie que la Turquie a besoin d’elle et, plutôt que de lancer des « jamais !», il faut préparer l’avenir, non pas l’entrée de la Turquie en Europe mais celle de l’Europe en Turquie.

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