Sahra Wagenknecht, une figure de la gauche allemande, a lancé mardi à Berlin un mouvement anti-migrants pour ne pas laisser ce terrain à l’extrême droite. Au risque de perdre son âme ?

Sahra Wagenknecht, une figure de la gauche allemande, lors du lancement, mardi à Berlin, de son mouvement "Aufstehen".
Sahra Wagenknecht, une figure de la gauche allemande, lors du lancement, mardi à Berlin, de son mouvement "Aufstehen". © AFP / Tobias SCHWARZ / AFP

L’histoire nous dira si la naissance du mouvement « Aufstehen », hier à Berlin, a représenté un tournant dans la vie politique allemande, ou s’il s’agit d’un moment éphémère. Les ingrédients méritent en tous cas attention car ils intéressent toute l’Europe.

« Aufstehen », qui signifie « Debout » en allemand, a été lancé par une des figures de la gauche radicale du pays, Sahra Wagenknecht, sur une ligne anti-migrants qui est tout sauf anodine en ces temps de poussée d’extrême droite autour des événements de Chemnitz, dans l’est de l’Allemagne.

Sahra Wagenknecht n’est pas une inconnue : elle est toujours la co-présidente du groupe parlementaire de Die Linke, le parti de la gauche radicale allemande, au parlement fédéral. Et elle a créé « Aufstehen » sans quitter son parti, afin de s’adresser à un électorat populaire qui a succombé à la tentation de l’extrême droite.

L’élue de gauche fait le constat que depuis la vague migratoire de 2015, lorsque la Chancelière Angela Merkel a accueilli un million de personnes en Allemagne, c’est l’extrême droite qui a profité de la réaction négative d’une partie de l’électorat. L’Alternative für Deutschland, l’AFD, le parti anti-migrants fondé en 2013, dispose du troisième groupe au Bundestag, et les derniers sondages le donnent désormais devant le Parti social-démocrate si des élections avaient lieu aujourd’hui.

La conclusion qu’en tire Sahra Wagenknecht est que la gauche doit abandonner sa « bonne conscience » sur la question de l’accueil des migrants et des frontières. Elle revient à la vieille analyse marxiste qui considère que le patronat utilise l’immigration pour faire baisser les salaires. En clair, à sa manière, elle veut offrir à l’électorat populaire, qui se sent menacé par l’immigration, une alternative à l’AFD, et elle le fait en dehors de son parti, un populisme de gauche face à la tentation d’extrême droite.

La gauche allemande est donc écartelée entre un impératif moral de solidarité, et ce nouveau réalisme –ou plutôt cynisme- qui ne veut pas laisser à l’extrême droite le terrain du contrôle migratoire.

Ce débat allemand en dit long sur le désarroi suscité par la poussée d’extrême droite en Allemagne, particulièrement dans l’ancienne RDA dont est originaire Sahra Wagenknecht ; tout comme Angela Merkel au demeurant. 

Ce débat traverse une bonne partie de l’Europe, y compris la France. Mais c’est en Allemagne qu’il est désormais au grand jour, avec cette tentation populiste en rupture avec les valeurs habituelles de la gauche.

Faut-il répondre à cette radicalisation à l’extrême droite par la protestation habituelle, comme l’ont fait les 60 000 participants à un concert anti-raciste à Chemnitz en début de semaine, au risque de ne rallier que les convaincus ? Ou considérer, avec Sahra Wagenknecht, que les raisons du vote d’extrême droite doivent être entendues - au risque, cette fois, de perdre son âme.

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