Le Mouvement cinq étoiles a changé d’alliance, passant de la Ligue d’extrême droite au Parti démocrate de centre-gauche, après la crise provoquée par le leader de la Ligue. La nouvelle coalition n’a pas droit à l’erreur : Salvini reste en embuscade.

Le Premier ministre italien Giuseppe Conte lors de la lecture de la liste de son gouvernement, mercredi 4 septembre au Palais du Quirinal, la présidence de la République, à Rome.
Le Premier ministre italien Giuseppe Conte lors de la lecture de la liste de son gouvernement, mercredi 4 septembre au Palais du Quirinal, la présidence de la République, à Rome. © AFP / Filippo MONTEFORTE / AFP

On a souvent décrit l’Italie comme un laboratoire politique ; mais ça n’a jamais été aussi vrai qu’actuellement, avec les coalitions surprenantes qui se succèdent à Rome.

Le nouveau gouvernement qui prête serment aujourd’hui a le même premier ministre que le précédent, Giuseppe Conte, un universitaire qui enchaîne les missions impossibles. Hier il s’agissait de faire cohabiter les deux forces  antisystème qui venaient de terrasser la vieille classe politique ; cette fois, il préside au mariage -a priori contre nature- d’un parti populiste et du survivant du vieux monde. L’Italie est passée du jaune-vert au jaune-rouge, et c’est plus qu’un changement de couleur.

Le grand perdant de ce renversement d’alliance, c’est Matteo Salvini, le leader de la Ligue d’extrême droite, qui a provoqué la crise en se pensant invincible. A l’arrivée, il a été pris à son propre jeu : son allié des quinze derniers mois, le Mouvement cinq étoiles, a pris sa revanche en formant ce gouvernement improbable avec le Parti démocrate de centre gauche.

Cette coalition est-elle durable ? C’est toute la question. Car tout, jusqu’ici, opposait les populistes des Cinq étoiles et cette formation social-démocrate bon teint. Le mouvement cinq étoiles est né en 2009 autour de l’humoriste Beppe Grillo en réaction à la corruption et à l’impotence de la vieille classe politique… incarnée par le parti démocrate. Néanmoins, 80% des membres des Cinq étoiles ont approuvé la coalition dans un vote en ligne.

Les deux formations se sont retrouvées unies par le danger Salvini. L’opération a réussi, renvoyant le jeune dirigeant d’extrême droite trop pressé dans les cordes. Mais leur légitimité aux yeux d’une opinion incrédule sera fonction de leurs résultats, et de leur durée au pouvoir. 

Ils sont donc attendus sur tous les fronts, celui de l’immigration, bien sûr ; celui de l’économie en panne, et celui de l’honnêteté politique. Leur contrat de gouvernement est vague et ils doivent apprendre à travailler ensemble.

La relation de l’Italie avec ses partenaires européens devrait toutefois être plus facile, car la présence du Parti démocrate rassure ceux qui s’inquiétaient de la stratégie de confrontation budgétaire avec l’Europe. Même si l’équation de la troisième économie de la zone euro n’est pas simple, le climat sera plus serein.

A un détail près, toutefois. Le chef du Mouvement cinq étoiles, Luigi di Maio, devient en effet Ministre des Affaires étrangères, mais il n’est pas sûr qu’il soit très doué pour la diplomatie. Souvenez-vous, c’est lui qui, en février dernier, était venu rencontrer des Gilets jaunes à Montargis. Le gouvernement l’avait très mal pris et l’ambassadeur de France à Rome avait été rappelé. Mais dans le nouveau contexte, il devrait se montrer nettement plus diplomate.

De son côté, Matteo Salvini prépare la suite, et mise sur un échec de cette coalition. « Le temps travaille pour nous », a-t-il tweeté hier. Les Jaune-Rouges n’ont donc pas droit à l’erreur, l’extrême droite est en embuscade.

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