Après avoir échappé à un attentat, Nicolas Maduro multiplie les accusations contre la Colombie voisine. C'est devenu une habitude - un peu ridicule - pour les dirigeants chavistes. Mais il est tellement commode d'avoir un ennemi si près de chez soi, pourquoi résister à la tentation ?

Nicolas Maduro passe aux accusations !
Nicolas Maduro passe aux accusations ! © Getty / Spencer Platt

Après l'attentat contre le président Maduro samedi, le Vénézuela accuse la Colombie voisine et t singulièrement son actuel président Juan Manuel Santos. Je dis « actuel » parce qu'il ne le sera plus... demain ! La passation de pouvoir avec son successeur, c'est pour le 7 août, c'est-à-dire littéralement... demain 

Donc Nicolás Maduro ne prend pas grand risque à accuser la Colombie d'avoir ourdi ce complot. Cette accusation est d'autant plus ridicule que Juan Manuel Santos venait, il y a deux jours à peine, de prendre une décision très attendue côté vénézuélien :

Il a régularisé d'un trait de plume 442 462 Vénézuéliens qui ont émigré en Colombie, fuyant le désastre économique et social dans leur pays. La Colombie est, en effet, la 1ère destination des Vénézuéliens qui cherchent à échapper au régime bolivarien.

La Colombie, l'ennemi "héréditaire"

Mais parce qu'on a toujours besoin d'un ennemi, si possible héréditaire, pour distraire de l'essentiel. L'essentiel étant l'inflation à un million de pour-cent et la crise de subsistance que connait un pays assis sur les 1ères réserves pétrolières au monde !

Maduro a déjà essayé de se trouver un ennemi pour distraire de cette épouvantable crise : c'était en septembre 2015. Il s'en est pris au petit Guyana, un pays quasiment sans armée, en ressuscitant des revendications territoriales datant du 19e siècle.

C'était si bête et surtout si évidemment disproportionné qu'il avait dû piteusement battre en retraite devant l'indignation mondiale et surtout l'indifférence de sa population. La Colombie, c'est une autre histoire !

Une animosité historique, reprise par le pouvoir chaviste

Les deux guérillas marxistes, FARC et ELN, ont toujours joué à saute-frontières. Mais avec le régime chaviste, elles ont trouvé plus qu'un soutien : une vraie base arrière où se replier et où profiter, par exemple, de services bancaires ou de santé.

En fait, l'animosité entre les deux pays est d'abord historique – les deux pays se sont séparés dès l'indépendance avec une acrimonie certaine alors qu'il était uni avec le nom de « nouvelle Grenade » sous la domination espagnole.

On va passer les siècles et les escarmouches pour en arriver à Hugo Chávez qui adorait détester et faire détester son homologue le président colombien Álvaro Uribe. Avec son successeur, Juan Manuel Santos, les accusations tombent un peu à plat !

Juan Manuel Santos, l'improbable comploteur

Comment sérieusement accuser le Nobel de la Paix 2016 d'être derrière cet attentat ? C'est d'autant plus ridicule lorsqu'on connait un peu le parcours très centriste et très pacificateur de Juan Manuel Santos qui, par ailleurs, n'a aucune sympathie pour Trump.

Le problème viendra plutôt de son successeur Iván Duque, issu de la droite nationaliste et qui sera donc président de Colombie demain. Même si, encore une fois, il ne faut pas trop s'inquiéter : les accusations de Maduro sont pour le moment largement rhétoriques.

Même si, à force de renforcer l'appareil militaire, le régime chaviste a enclenché un processus dangereux. A la fois pour lui – on n'est pas à l'abri d'un coup d'Etat – et pour la région. En Amérique latine, les militaires, il vaut mieux les cantonner à la caserne.

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