C’était un pari. Le pari de la Communauté économique européenne avait été, en 1957, qu’on parviendrait à relancer l’union politique du continent par le biais du développement d’un marché commun à défaut d’avoir pu le faire en affirmant d’emblée une Défense et des institutions politiques communes. Rien ne le garantissait mais douze ans plus tard, en 1969, lorsque la suppression des barrières douanières est accomplie, la France propose, de fait, une relance de l’union politique et, dans les deux décennies qui vont suivre, celles qui s’achèveront par la chute du Mur de Berlin, l’Europe unie esquisse, petit à petit, en vingt ans, les traits qui la dessinent aujourd’hui. Devenue force d’attraction, l’Europe, d’abord, s’élargit – au Royaume-Uni, à l’Irlande et au Danemark en 1973 ; à la Grèce en 1981 ; à l’Espagne et au Portugal en 1986. La Communauté se dote, en 1979, d’un Système monétaire européen, l’ancêtre de l’euro auquel, déjà, les Britanniques refusent de se joindre. En 1986, un nouveau Traité, l’Acte unique, vise à supprimer toutes les entraves restantes à la formation d’un seul et même marché européen, élargit les domaines de compétence de la Communauté et les champs du vote majoritaire. Dès 1972, surtout, les dirigeants européens déclarent qu’ils veulent faire de la Communauté une « Union européenne » dont la « construction permettra à l’Europe de marquer sa place dans les affaires mondiales en tant qu’entité distincte et résolue à favoriser un meilleur équilibre international ». Cela sonne très actuel et ce même sommet de Paris, institue des consultations régulières des ministres des Affaires étrangères dont l’objectif est « l’harmonisation des points de vue, la concertation des attitudes et, lorsque cela paraît souhaitable et possible, des actions communes ». L’Europe politique prend forme. Elle apprend à marcher mais pourrait tant échapper aux Etats-Nations que leurs chefs d’Etat et de gouvernement décident, en 1974, de se réunir plusieurs fois par an pour exercer, disons, leur autorité parentale. C’est l’ébauche du Conseil européen, bientôt suivie, en 1979, de la première élection du Parlement européen au suffrage universel. Arrêt sur image. Avec le Conseil, les Etats membres s’assurent un contrôle de l’Union qu’ils veulent former. Avec l’élection du Parlement, l’Europe progresse de quelques centimètres sur la voie fédérale. Dès les premiers pas de l’Union, l’Europe des Etats et l’Europe fédérale avancent en parallèle et il en sera ainsi jusqu’aujourd’hui puisque le projet de Constitution propose un renforcement simultané des pouvoirs du Conseil et du Parlement, organise, sans le dire, une compétition ouverte entre deux dynamiques et deux pouvoirs dont l’un, un jour, éclipsera l’autre à la faveur d’une ou plusieurs épreuves de force politiques. L’Europe qui s’esquisse dans ces années et se précise aujourd’hui repose sur une ambiguïté institutionnelle, inévitable car les Etats ne veulent pas lâcher prise mais aussi nécessaire car si l’on allait trop vite vers le fédéralisme, le risque qu’une décision majoritaire ne soit pas acceptée par l’une des nations constituantes serait immense et formidablement dangereux. On en est là quand l’implosion soviétique précipite et complique tout. Demain, la suite.

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