Faut-il ou non considérer qu’il l’a dit ? Grande figure du Hamas, d’un mouvement dont la Charte prône la destruction d’Israël, le nouveau ministre palestinien des Affaires étrangères, Mahmoud Zahar, avait écrit, mardi, au Secrétaire général de l’Onu pour l’assurer de quatre choses fondamentales et tout à fait neuves... qu’il a, pour l’essentiel, aussitôt démenties. « J’ai l’espoir de travailler avec la Communauté internationale et le Quartette », disait-il d’emblée ce qui pouvait seulement signifier qu’il espérait satisfaire aux demandes de renonciation à la violence et de reconnaissance d’Israël, les conditions mises par l’Onu, l’Amérique, l’Europe et la Russie à un dialogue avec le gouvernement du Hamas. Ce n’était pas explicitement dit. Tout ce paragraphe était extraordinairement ambigu mais la suite autorisait cette interprétation puisque Mahmoud Zahar ajoutait, en deuxième lieu, que son gouvernement « était prêt à œuvrer avec les Nations unies à l’instauration de la paix et de la stabilité dans notre région, basées sur une solution juste et globale ». Derrière ces expressions codées, on entendait « paix fondée sur une reconnaissance mutuelle » et les paragraphes suivants étaient encore plus clairs, dans leurs sous-entendus au moins, puisque le ministre affirmait souhaiter que la Palestine puisse « jouir de la paix et de l’indépendance côte à côte avec ses voisins dans ce lieu saint du monde » et déplorait, surtout, que les « faits accomplis » israéliens « réduisent tout espoir de parvenir à un règlement final et pacifique sur la base d’une solution prévoyant deux Etats ». C’était les mots clés car lorsqu’on déplore que s’amenuise la possibilité d’une paix « entre deux Etats », on se déclare favorable à une telle solution, autrement dit prêt à reconnaître Israël. C’était un grand pas, d’autant plus important qu’il était fait dans une lettre officielle adressée à Kofi Annan. Un tournant de première importance était pris mais, dès hier, le ministre s’est démenti lui-même en expliquant à la BBC qu’il avait supprimé la référence aux « deux Etats » dans la version finale de sa lettre dont la première mouture aurait été remise « par erreur » au secrétaire général. Autrement dit, il l’avait écrit mais ce qui a été remis à Kofi Annan n’aurait pas dû l’être et il ne l’a donc pas dit. Bon… Belle palinodie mais que vaut-elle dire ? Tout simplement que, dès lors qu’il a été élu et gouverne, le Hamas ne peut plus s’en tenir au refus du fait israélien, qu’il doit entrer dans le monde réel et doit le faire d’autant plus vite que les caisses de l’Autorité sont vides, que l’aide internationale ne les remplira pas avant que le Hamas ne reconnaisse Israël et que, si son gouvernement ne franchit pas ce pas, les Israéliens traceront bientôt leurs frontières unilatéralement et sans que grand monde ne proteste. Le Hamas doit bouger. Il le sait. Sans doute, cette évidence est-elle en train de s’imposer à lui mais, faute de pouvoir faire un tête-à-queue sans risquer une division de sa direction et un désaveu de sa base, il procède par ballons d’essai, avancée et démenti, comme son Premier ministre l’avait déjà fait dans le Washington Post à la fin février. Ca bouge, mais trop lentement.

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