À la fin de la Deuxième guerre mondiale, l’URSS avait mis la main sur la technologie des V2 allemands. Cette prise lui avait permis de développer ses propres missiles, les Scud, dont elle ne cessa d’améliorer la portée avant d’en équiper plusieurs de ses alliés, soit pour se les attacher politiquement, soit pour les soutenir dans des conflits chauds de la Guerre froide. C’est ainsi que la Corée du Nord dont Moscou et Pékin, déjà brouillées, se disputaient les bonnes grâces, avait reçu ses premiers missiles soviétiques en 1969 avant que l’Egypte ne lui fournisse mieux, des Scud-B, en échange de son soutien militaire contre Israël dans la Guerre de Kippour. A partir de là, les Nord-Coréens ont développé leurs propres programmes et amélioré leurs capacités jusqu’à disposer de missiles de longue portée qui, théoriquement au moins, leur permettraient de frapper non seulement leurs voisins asiatiques, Japon et Corée du Sud au premier chef, mais aussi l’Alaska ou Hawaï, autrement dit les Etats-Unis. La Corée du Nord disposant, de surcroît, de têtes nucléaires, sans doute rudimentaires, probablement trop lourdes pour la portée maximale de ses missiles, mais de têtes nucléaires tout de même, on comprend l’émoi qu’a provoqué le tir auquel elle a procédé hier bien qu’il n’ait été destiné, dit-elle, qu’à la mise sur orbite d’un satellite de communication. Personne ne croit à cette explication. On ne voit pas en quoi ce régime, avatar stalino ubuesque du communisme, aurait besoin de s’offrir un satellite de communication alors qu’il s’est coupé du monde et pourrait en acheter un pour beaucoup moins cher. La Corée du Nord vient évidemment de procéder à un nouvel essai de ses missiles de longue portée, les Taepolong 2, avec un double objectif. Elle voulait, premièrement, démontrer sa fiabilité aux pays intéressés par sa technologie, déjà fournie à l’Iran et, surtout, au Pakistan qui l’avait aidée, en échange, à se doter de l’arme nucléaire, et, renforcer, deuxièmement, sa position dans les interminables négociations internationales que son régime mène avec les Etats-Unis, la Chine, la Russie, le Japon et la Corée du Sud. Ne se survivant qu’au prix de la terreur, confronté à une faillite économique qui avait provoqué une vraie famine dans les années 90, le régime de Kim Jong-il, dit « Cher Leader » ou le « Soleil du XXI° siècle », cherche tout simplement à acheter le soutien économique du reste du monde en échange de sa renonciation à ses missiles et ses bombes. Cela s’appelle un chantage, genre Docteur No, dont le tir d’hier n’est que le dernier épisode en date. Elles le sont. Le « Cher Leader » - c'est un fait - joue sur du velours parce que les Etats-Unis n’ont jamais même envisagé d’aller envahir ce pays, que la Corée du Sud ne veut ni d’une guerre à sa frontière ni d’une réunification brutale qui lui coûterait sa prospérité et que la Chine, avant tout, ne veut pas voir renaître une Corée unie, susceptible de renforcer contre elle un front asiatique. Alors le monde négocie avec un esthète mangeur d'hommes, féru de films hollywoodiens, aussi amateur de vieux Cognac que de très jeunes actrices.

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