Cela fait vieillot, voire franchement anachronique. Aux seuls mots de « réduction des armements stratégiques », on se croit revenu aux dernières décennies de la Guerre froide, coexistence pacifique et détente, Kissinger, Gromyko, marchandages sur un volcan, mais non. Lorsqu’ils se retrouveront à Prague, jeudi, pour y signer ce nouveau traité Start, acronyme anglais de « traité sur la réduction des armements stratégiques », les présidents américain et russe auront des préoccupations tout ce qu’il y a de plus contemporaines à l’esprit. Bien au-delà du plafonnement à 1550 du nombre de leurs ogives, d’une diminution des deux tiers de leurs arsenaux nucléaires qui est pourtant tout, sauf négligeable, Dmitri Medvedev et Barack Obama penseront au rapprochement diplomatique de leurs pays après une décennie de désaccords croissants, à l’Iran, à la Corée du Nord, aux dangers d’obsolescence du Traité de non prolifération et au renforcement, enfin, de leur stature personnelle sur leurs scènes intérieures – tous sujets qui ne se posaient pas dans les années 70-80. Outre la satisfaction de ne pas devoir financer la modernisation d’un arsenal russe vieillissant, Dmitri Medvedev pourra se féliciter de s’affirmer face à son mentor et rival, Vladimir Poutine, non seulement en s’affichant d’égal à égal avec le président américain mais en enregistrant, surtout, son premier vrai succès sur la voie d’un ancrage occidental de la Russie qu’il prône depuis son élection. Stratégique et politique, pour lui, la partie est importante mais elle l’est encore plus pour Barack Obama qui avait beaucoup voulu ce nouveau traité comme symbole d’un redémarrage des relations américano-russes qui lui permettra d’espérer le soutien de Moscou dans le bras de fer avec l’Iran, la difficile partie afghane ou, moins brûlant mais pas moins important, la question nord-coréenne. A moins d’une semaine du sommet sur la sécurité nucléaire, autrement dit sur l’Iran, qu’il organise lundi prochain à Washington, ce rendez-vous de Prague sera, pour lui, une étape capitale. Avec ce traité qui devra encore être ratifié par le Congrès et la Douma , Barack Obama va, de surcroît, enregistrer son deuxième grand succès après l’adoption de sa réforme de la couverture médicale. Un succès international succède à un succès intérieur et ce président que l’Amérique et le monde avaient quasiment enterré au bout d’un an de mandat revient solidement en scène, soudain paré de toutes les vertus, calme et persévérance, courage et patience. Repris, hier, à la une du Herald Tribune, un article du New York Times constate ainsi que Barack Obama mène à bien tout ce que Bill Clinton avait souhaité sans y parvenir. La liste dressée est longue, très diverse, et peut-être faudra-t-il y ajouter, un jour, de vrais progrès sur la question israélo-palestinienne car ce président est en train, sans éclats mais avec constance, d’acculer Benjamin Netanyahou à de vrais choix.

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