C’était la seule bonne nouvelle en provenance du Proche-Orient. A la fin de la semaine prochaine, les grandes puissances et l’Iran allaient reprendre leurs discussions interrompues depuis quinze mois sur le programme nucléaire de la République islamique. Au moins recommençait-on à se parler mais cette éclaircie elle-même devient incertaine.

Ce n’est pas que l’Iran ne veuille plus de ces négociations mais il ne veut plus qu’elles se tiennent à Istanbul, comme prévu, parce que la crise syrienne a brutalement dégradé ses relations avec la Turquie. Peut-être trouvera-t-on une autre ville, Pékin peut-être, mais le fait est que les deux plus inextricables crises de la région viennent ainsi se mêler, qu’elles sont l’une et l’autre porteuses de conflits régionaux et mettent toujours plus face-à-face sunnites et chiites, les frères ennemis de l’islam.

Bien qu’ils affirment officiellement le contraire, les régimes sunnites souhaitent ardemment que les Etats-Unis, Israël ou les deux aillent bombarder au plus vite les sites nucléaires iraniens car ils ne veulent à aucun prix que la République islamique puisse se doter de la bombe. L’Iran est leur ennemi pour la triple raison qu’il est la mère-patrie du chiisme, une hérésie à leurs yeux, qu’il s’emploie depuis trente ans à les déstabiliser en agitant leurs minorité chiites et qu’il veut surtout leur ravir leur prééminence au Proche-Orient en s’affirmant comme l’adversaire le plus résolu d’Israël et développant un axe chiite qui passe par le Hezbollah libanais et le régime syrien, issu de la minorité alaouite, une branche du chiisme.

Entre l’Iran et les régimes sunnites, la tension est permanente mais, si l’Iran devenait une puissance nucléaire, il s’assurerait un nouveau rapport de forces dont la seule éventualité donne des cauchemars aux monarchies pétrolières et même à la Turquie, sunnite elle aussi. C’est si vrai que 54% des Turcs veulent que leur pays se dote de la bombe si l’Iran venait à en disposer, que l’Arabie saoudite presse les Américains d’intervenir et qu’un haut dirigeant du Qatar a récemment déclaré aux Occidentaux qu’un bombardement des sites iraniens signifierait six mois de crise mais que la nucléarisation de l’Iran impliquerait 20 ans de crise.

C’est sur cette toile de fond que la drame syrien a éclaté et que l’Iran a pris le parti de Bachar al-Assad en lui livrant secrètement des armes et l’assurant publiquement de son soutien tandis que les pays sunnites prenaient fait et cause pour l’insurrection parce que la majorité des Syriens est sunnite contrairement au régime dont l’effondrement isolerait l’Iran en le privant du seul Etat qu’il lui soit allié. Cette ligne de fracture est telle que l’Irak, dont la majorité est chiite, se rapproche toujours plus ouvertement de l’Iran et soutient Bachar al-Assad, à la plus grande fureur des monarchies du Golfe qui se posent désormais en défenseurs de la minorité sunnite irakienne.

Même si les discussions sur le nucléaire iranien finissent par s’ouvrir ailleurs qu’à Istanbul, la guerre des deux Islam menace plus que jamais.

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