L’accord est là, signé jeudi soir à Lausanne. C’est un bon compromis sur ce si difficile dossier du nucléaire iranien mais trois questions se posent maintenant auxquelles il n’y a pas de réponse certaine.

La première est de savoir si les grandes lignes de cet accord pourront ou non être traduites en mesures précises, indispensables à sa concrétisation. La réponse et, a priori, oui car l’Iran, les Etats-Unis et l’ensemble des grandes puissances n’ont pas fait de tels pas et ne s’en sont pas publiquement félicités pour accepter de faire, demain, marche arrière. Il y a une volonté de compromis qui ne va pas s’évanouir en quelques semaines mais le problème est que Barack Obama comme le président iranien, le très pragmatique Hassan Rohani, sont sous surveillance de gens fondamentalement hostiles à cet accord.

Le premier doit compter avec la majorité républicaine du Congrès et ses alliés israéliens et saoudiens qui ne veulent pas d’un compromis car il ferait de l’Iran un « Etat du seuil », un pays ne disposant pas de la bombe mais pouvant s’en doter. Le second doit compter, lui, avec les plus durs du régime iranien qui ne veulent pas le voir s’adjuger la popularité que lui vaudrait une levée des sanctions économiques frappant Téhéran. Barack Obama comme Hassan Rohani devront, autrement dit, savoir faire preuve de souplesse l’un vis-à-vis de l’autre sans pour autant tomber sous l’accusation de faire trop de concessions à l’autre. Ce n’est nullement impossible mais ce ne sera pas facile non plus.

La deuxième question se posera une fois l’accord concrétisé. Elle sera de savoir Hassan Rohani et son équipe pourront alors marginaliser les conservateurs et faire entrer l’Ian dans une ère de changement, dans une prudente et progressive libéralisation intérieure à laquelle la population iranienne aspire si fortement. Là, on ne sait pas, vraiment pas, puisque c’est leur va-tout que les conservateurs jouent dans cette partie et qu’ils ne se laisseront pas faire sans se battre. La bataille sera rude, violente, pleine de rebondissements et ce n’est pas seulement pour les Iraniens qu’elle sera fondamentale.

Elle l’est avant tout pour l’avenir du Proche-Orient car, pendant que le compromis se signait à Lausanne, les deux religions de l’islam, les chiites conduits par l’Iran et les sunnites conduits par l’Arabie saoudite, en sont arrivées à un conflit indirect mais frontal au Yémen où les sunnites sont intervenus militairement pour empêcher les chiites yéménites de s’emparer de ce pays à majorité sunnite.

En Irak, en Syrie, au Liban, au Yémen maintenant, sunnites et chiites sont aux prises dans tout le Proche-Orient. C’est une guerre de religions qui y a commencé et, pour qu’elle ne devienne pas irréversible, il faut un compromis régional entre l’Iran et l’Arabie saoudite qui ne sera possible que si les modérés l’emportent vraiment et vite et Téhéran. Il n’y aura, autrement dit, pas de réponse à cette troisième question tant qu’on ne connaîtra pas la réponse à la deuxième. C’est une incertitude dans l’incertitude.

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