L’étau, décidément, se resserre sur Daesh. Déjà sur la défensive en Irak et en Syrie, l’organisation djihadiste pourrait se retrouver maintenant en mauvaise posture en Libye où elle s’était implantée à la faveur d’une anarchie qui ne semble plus éternelle.

Bordé par la Méditerranée au nord, l’Egypte à l’est, la Tunisie et l’Algérie à l’ouest et le Sahel au sud, la Libye n’avait plus de gouvernement depuis la mort de Mouammar Kadhafi car elle en avait deux. Basés l’un à Tripoli, l’autre à Tobrouk, ces gouvernements autoproclamés ne gouvernaient à peu près rien. Fractionné, éclaté, le pouvoir était aux mains de milices locales et des grandes tribus et c’est ainsi que 5000 combattants progressivement envoyés par Daesh avaient pu s’emparer de la région pétrolière et côtière de Syrte d’où ils multipliaient les coups de main contre la Tunisie et menaçaient l’Algérie aussi bien que le Sahel.

Face à cette situation, les grandes puissances s’efforçaient depuis longtemps, à travers l’Onu, de réconcilier les gouvernements de Tobrouk et de Tripoli pour n’en faire qu’un. Les demi-échecs succédaient aux demi-succès mais, mercredi dernier, le gouvernement d’union parrainé par les Nations Unies et dont les rivaux de Tobrouk et Tripoli avaient accepté la création sans jamais l’adouber a joué son va-tout.

Parti des côtes tunisiennes, son Premier ministre, Fayez al-Sarraj, a soudain débarqué à Tripoli flanqué de ses principaux collaborateurs. Il s’y est installé sur une base militaire et, sans que personne ne s’y oppose autrement qu’à hauts cris, cet homme a commencé à consulter, se montrer, agir et cette audace a payé.

Des milices de la ville mais aussi de l’ouest et du sud du pays se sont ralliées à lui. Toujours en fonction dans le chaos régnant, les gardes des installations pétrolières et les responsables de la Banque centrale, de la Compagnie pétrolière nationale et du Fonds d’investissement libyen se sont placés sous son autorité. Ils l’ont fait parce qu’ils aspiraient à la fin de l’anarchie et que l’Onu, les Européens et les Américains soutiennent le coup de poker de Fayez al-Sarraj que l’émissaire des Nations Unies, l’allemand Martin Kobler, avait vivement encouragé.

En une semaine, la sauce a si bien pris et la ville si bien accepté ce sauveur inespéré que Martin Kobler a été officiellement reçu, hier, à Tripoli par Fayez al-Sarraj qui se comporte comme s’il incarnait déjà toute la Libye.

On n’en est en fait pas là. Malgré ces progrès, l’unité du pays reste à reconstruire mais la donne a radicalement changé et c’est ce qui menace Daesh car les Européens ne cachent pas qu’ils n’attendent qu’une demande d’aide d’un gouvernement libyen, autrement dit de Fayez al-Sarraj, pour prêter la main à une reconquête de Syrte.

Des commandos sont déjà sur place. Les états-majors planchent. Cela se fera en temps voulu, sans précipitation, mais l’étau, oui, se resserre sur Daesh.

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