Petrobras, c'est ce que fut Elf en France et l'opération "lavage express" duplique les "mains propres" à l'italienne

C’est loin le Brésil, mais beaucoup plus proche de nous qu’il n’y parait car enfin… Deux choses. 

Petrobras, cette compagnie pétrolière publique que les partis brésiliens utilisaient à leur financement rappelle furieusement le rôle que jouait Elf, la compagnie pétrolière française, dans la vie de la République tandis que « lavage express », la vaste opération anticorruption lancée par un magistrat brésilien est une pure et simple réplique de l’opération « mains propres » lancée à la fin du siècle dernier par la justice italienne. 

Alors oublions un instant la figure légendaire de Lula, ancien métallo devenu président à la tête de son Parti des travailleurs, oublions le nombre de familles pauvres qu’il avait tant contribué à sortir de la misère absolue, oublions aussi la si profonde haine qu’il suscite plus que jamais dans le monde des possédants et le Brésil, c’est l’Europe.

C’est la France des temps où les partis avaient tous des bureaux d’étude par le biais desquels ils touchaient leurs commissions sur les marchés publics et où la pratique des surfacturations permettant des rétrocommissions qui venaient elles-mêmes financer les campagnes électorales était à peu près générale. Les campagnes, ça coûte cher et quand la vie politique n’est pas financée par l’argent public, elle l’est par celui d’arrangements que la loi qualifie de corruption. 

Le parti de Lula n’avait pas échappé à cette règle

Il ne l'aurait pas pu. Peut-être Lula lui-même s’était-il retrouvé propriétaire, en marge de ces pratiques, d’un appartement avec vue sur mer. L’accusation parait là plus fragile mais c’est pour cela qu’il a été condamné à douze ans de prison et que la Cour suprême, à une voix près, vient de lui refuser de rester en liberté jusqu’à l’épuisement de ses recours. 

C’est pour cela qu’il ne pourra sans doute plus se présenter à l’élection présidentielle de l’automne prochain dans laquelle les sondages lui donnaient 20 points d’avance. C’est pour cela que la société brésilienne se fracture et que son échiquier politique est dévasté et c’est là que le Brésil rappelle tristement l’Italie. 

Là-bas aussi, des magistrats intègres avaient si bien tout dévoilé des financements occultes de la vie politique que les deux grands partis italiens, le Parti communiste et la démocratie-chrétienne, en sont à peu près morts et que leur disparition avait ouvert la voie à ce précurseur du trumpisme qu’avait été Silvio Berlusconi avant qu’un parti d’extrême-droite et un mouvement contre tout ce qui est pour ne sortent vainqueurs des dernières élections. 

Si nobles que soient ses intentions, il n’est pas certain que la magistrature brésilienne soit en train de rendre un bien meilleur service à ce pays continent qu'hier l’italienne à la Péninsule.    

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