Chaque pays a regardé l’épidémie se développer ailleurs sans penser qu’il vivrait la même crise aiguë, c’est particulièrement vrai pour les États-Unis qui se vivent toujours en hyperpuissance, mais manquent de masques comme tout le monde.

New York est devenu le nouvel épicentre de la pandémie, après avoir été dans le déni trop longtemps. Là aussi, la pénurie d’équipement se fait cruellement sentir.
New York est devenu le nouvel épicentre de la pandémie, après avoir été dans le déni trop longtemps. Là aussi, la pénurie d’équipement se fait cruellement sentir. © AFP / SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Depuis son apparition à Wuhan, au cœur de la Chine, l’épidémie de coronavirus agit comme un miroir déformant du monde. Le décalage dans le déclenchement de la vague de contamination, de continent en continent, de pays en pays, et même à l’intérieur des pays, fait que nous observons ce qui se passe ailleurs comme si ça n’allait pas nous affecter, ou pas de la même manière.

L’Europe a ainsi observé les images de Wuhan en janvier avec distance, sans imaginer un instant que le virus pouvait la toucher de plein fouet. Sans doute les informations incomplètes chinoises ont-elles joué ; mais les scènes d’apocalypse dans les hôpitaux ont été accueillies avec un sentiment inconscient de supériorité : pas possible chez nous, bien sûr.

Lorsque l’Italie du nord a été à son tour durement frappée, et les hôpitaux débordés, on a pu entendre les mêmes commentaires, sur la fragilité de l’État italien, par exemple. Et là encore, pas vraiment de soupçon que ça pouvait, que ça allait arriver « chez nous ».

Lorsque la France, à son tour, a été atteinte par la pandémie, la BBC britannique traitait le sujet comme une tragédie « ailleurs », comme lointaine. Idem sur CNN, les Américains pleins de compassion montraient l’Europe à la peine, comme si l’Atlantique faisait barrière. Leurs dirigeants donnaient le mauvais exemple, Boris Johnson serrait encore les mains, et Donald Trump parlait de supercherie. Là encore, arrogance inconsciente ; le réveil a été encore plus brutal.

Ce miroir nous révèle que l’idée que nous nous faisions de nous-mêmes et des autres était en sérieux décalage avec la réalité. 

Après l’Europe qui a découvert avec effarement les pénuries de masques, de tests ou de respirateurs, tout en ayant un système de santé de classe mondiale (et il le prouve dans l’urgence), c’est le tour des États-Unis. 

Et la déconvenue est plus grande encore pour le pays qui se pense toujours en hyperpuissance, mais qui ne fait pas mieux que les autres, avec la double peine d’un Président incohérent dans une nation polarisée. Pourtant, un classement international des pays les mieux préparés au risque de pandémie, plaçait en 2019 les États-Unis en première place.

Le regard des autres est aussi cruel. Dans le Financial Times samedi, la romancière indienne Arundhati Roy raconte sa fascination lorsque, à partir de l’Inde confinée et mal lotie, elle observe à la télévision américaine les appels à l’aide de soignants sans masques ou sans gants. Et de s’exclamer : « Mon dieu, c’est l’Amérique ! » ; comme si pour cette écrivaine qui n’a jamais porté cette Amérique-là dans son cœur, le roi était désormais totalement nu.

Le miroir de la pandémie nous révèle les forces et faiblesses de notre monde, la fragilité de puissances trop sûres d’elles, dont nous faisons partie, le succès de certains pays inattendus comme la Corée du Sud ou Taiwan, ou plus attendus comme l’Allemagne. Ce miroir nous transmet aussi une envie furieuse que l’après-pandémie ne ressemble pas à l’avant, et pas seulement pour que la prochaine crise ne nous prenne pas au dépourvu.

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