Pourquoi ? Pourquoi l’image internationale des Etats-Unis s’est-elle à ce point dégradée ces deux dernières années, dans une période pourtant marquée par les attentats du 11 septembre ? A en croire le sondage publié hier par le Herald Tribune, une enquête effectuée dans 44 pays du monde, le pourcentage de personnes ayant une image positive de l’Amérique a même reculé en Europe centrale, de six points en Pologne, de sept en République tchèque, de quatorze en Slovaquie. Dans cette région où la domination soviétique avait conduit la quasi totalité de la population à entretenir une véritable passion pour les Etats-Unis, le pourcentage d’américanophiles n’en reste pas moins très élevé, plus des deux tiers des sondés en moyenne, mais ce n’est pas le cas partout, loin de là. En Egypte, l’un des principaux bénéficiaires de l’aide américaine aux pays étrangers, seuls 6% des gens ont désormais une bonne opinion des Etats-Unis et ce pourcentage a reculé de vingt-deux points en Turquie et de treize au Pakistan, deux des grands alliés de l’Amérique qui n’y compte ainsi plus, respectivement, que 30% et 10% d’amis. Plus spectaculaire encore, il n’y a plus que 61% d’Allemands pour penser du bien des Américains, moins dix-sept points d’un coup, ce qui met à cet égard, la France et l’Allemagne au même niveau, loin derrière les Italiens et les Britanniques plus nombreux à aimer l’Amérique mais moins nombreux, eux aussi, qu’il y a deux ans – moins six points pour l’Italie, moins huit pour la Grande-Bretagne. Il y a bien, de ce point de vue, deux Europe occidentales et il n’y a finalement, parmi les grands pays, que la Russie où l’américanophilie est une valeur en hausse, plus vingt-quatre points, à 61% d’opinions favorables depuis que Georges Bush a fait de Vladimir Poutine un partenaire privilégié, traité d’égal à égal. Alors, oui, pourquoi un tel recul de l’Amérique sur tous les continents ? La première raison, la plus fondamentale, en est que les Etats-Unis sont de loin la plus grande puissance du monde, la plus riche et la plus influente, qu’on a donc tendance à la tenir pour responsable de tout ce qui se passe sur la surface du globe et qu’en des temps d’incertitude économiques et politiques, d’insécurité générale, on lui en veut – comme on en veut à un gouvernement quand les choses vont moins bien. Les Américains paient en désamour l’hyperpuissance de leur pays. Ce phénomène risque de s’accentuer tant que durera le monopole américain sur les affaires du monde et, pour l’heure, il est amplifié par la volonté de la Maison-Blanche d’aller renverser Saddam Hussein – projet qui dresse le monde musulman, Turquie comprise, contre l’Amérique et n’est approuvé que par 12% des Russes, 26% des Allemands, 33% des Français et moins de la moitié des Britanniques eux-mêmes qui n’y sont favorables qu’à 47% seulement.

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