C’est le début d’un grand marchandage dans lequel chacun cherche à défendre ses intérêts, ses clientèles et ses parrainages. Il n’est ainsi pas déjà dit que l’Union ne parviendra pas, la semaine prochaine, à un compromis sur son budget 2007-2013 mais, pour l’heure, tout va mal. Le ton monte car, à défaut de pouvoir démanteler la politique agricole commune et de vouloir admettre une vraie diminution de la ristourne dont bénéficie la Grande-Bretagne au motif que cette politique agricole ne lui profite pas, Tony Blair a imaginé une solution qui choque à peu près tout le monde et que Paris et Bruxelles rejettent. Connue depuis une semaine et présentée hier, la proposition faite par Londres, qui préside l’Union jusqu’à la fin de ce semestre, consisterait en effet à réduire le budget européen à 1,03% du Produit intérieur brut des 25 contre les 1,06% envisagés en juin dernier. On passerait ainsi de 871 milliards d’euros à 847, chiffre à comparer aux 1025 milliards initialement demandés par la Commission. C’est l’Europe au rabais, un budget qui, comme le dit le Premier ministre portugais, « réduit les possibilités d’action de l’Union et ne contribue pas à la rendre plus compétitive, plus moderne, plus unie et plus présente sur la scène internationale ». C’est grave mais le plus grave est que cette diminution des moyens de l’Europe se ferait essentiellement au détriment des nouveaux membres, des plus pauvres, par le biais d’un rabotage des « fonds structurels », l’enveloppe destinée à la mise à niveau des régions les moins développées. C’est à la politique de solidarité européenne, celle qui doit permettre aux nouveaux de rattraper leur retard comme elle l’avait permis, hier, au Portugal, à la Grèce et à l’Espagne, que s’attaque la proposition britannique. C’est l’idée, si fondamentale, que l’intérêt de tous est que chacun progresse qui est mise, là, en cause et l’injustice est si patente, ce recul du volontarisme européen si menaçant pour la cohésion économique et politique de l’Union, que, dès la semaine dernière, José Manuel Barroso, le Président de la Commission, appelait Tony Blair à ne pas jouer les « Robin-des-Bois à l’envers » en prenant aux pauvres pour donner aux riches. Ca ne passe pas, notamment à Varsovie, mais est-ce à dire que cela ne finira pas par passer ? C’est à voir. Il reste huit jours de négociations avant le Conseil européen des 15 et 16 décembre. Personne ne souhaite un nouveau blocage européen après celui de la Constitution. Tony Blair, qui ne veut pas d’un échec de sa présidence, pourrait accepter, au dernier moment, un nouveau grignotage de son rabais sur lequel il a déjà cédé un peu plus d’un milliard par an. Et Londres, surtout, a fait miroiter un avantage aux nouveaux en leur proposant un assouplissement des conditions d’utilisation des fonds structurels. Les Tchèques se montrent intéressés et, avec un peu d’huile, les 10 pourraient en arriver à considérer que mieux vaut un tiens que deux tu l’auras. Peut-être. On verra, mais il y a décidément aujourd’hui plus d’égoïsmes et d’amertume dans l’Union que d’allant et de solidarité.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.