Eh bien, c’est dit. Tout ce contre quoi les adversaires de l’intervention en Irak avaient mis en garde et l’analyse qu’ils font de la situation que cette aventure a créée, tout ce qui a été, parallèlement, martelé dans cette chronique depuis quatre ans, vient d’être confirmé, hier, par Robert Gates, le nouveau secrétaire américain à la Défense. Entendu par le Sénat qui doit valider sa nomination, il est sous le feu des questions. « Pensez-vous que les Etats-Unis soient en train de gagner cette guerre ? », lui demande le prochain président démocrate de la Commission des forces armées, Carl Levin. « No, Sir », « Non, Monsieur », répond-il. La stupéfaction est elle que le sénateur McCain, un républicain, l’homme qui avait bataillé contre la Maison-Blanche et contre Donald Rumsfeld, le prédécesseur de Robert Gates, pour faire interdire la torture, lui repose la même question et la même réponse tombe : « No, Sir ». C’est un moment inouï que vivent le Sénat des Etats-Unis et la démocratie américaine, une audition d’une totale franchise au cours de laquelle le secrétaire à la Défense explique qu’Oussama ben Laden constituait bel et bien une menace plus grave que Saddam Hussein, qu’un retrait précipité des Etats-Unis d’Irak risquerait, maintenant, d’ouvrir la voie à un « conflit régional » impliquant l’Iran, la Syrie, les pays sunnites et la Turquie, qu’une attaque contre l’Iran ne pourrait être qu’un absolu « dernier recours » et que l’Amérique ne devrait pas « craindre de s’engager dans des discussions avec ses adversaires », autrement dit l’Iran et la Syrie, puisqu’elle l’avait fait avec l’URSS et la Chine durant la Guerre froide. Tranquillement, Robert Gates vient de démentir toutes les fadaises du Président qui l’a nommé mais comment a-t-il pu faire cela ? La réponse est qu’il y a toujours un moment où l’évidence finit par s’imposer, qu’il n’est plus possible, aujourd’hui, de nier la réalité du chaos provoqué par cette erreur historique et que Robert Gates, homme d’expérience que cette guerre n’avait jamais enthousiasmé et ancien pilier de l’équipe du premier Président Bush, le père de l’actuel, a été nommé pour amorcer un tournant. Il y a un mois encore il faisait partie du groupe de réflexion sur l’Irak présidé par James Baker, autre ancien collaborateur de Bush père, et ce groupe doit remettre, tout à l’heure, un rapport à la Maison-Blanche prônant un rappel graduel des troupes et l’ouverture de discussions avec l’Iran. D’audition en rapport, une nouvelle politique s’esquisse, maintien de troupes mais abaissement « spectaculaire », dit Robert Gates, de leurs effectifs et recherche d’un dialogue avec Téhéran qui pourrait passer par l’organisation d’une conférence régionale à laquelle vient d’appeler – ce n’est pas un hasard – le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki. Dans l’urgence, un virage se prend. Il est bienvenu. Il est salutaire mais reste une question : est-il encore temps d’empêcher ce « conflit régional » que craint Robert Gates ? Peut-être mais peut-être pas.

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