D’ordinaire, Nicolas Sarkozy consacre peu de temps à ses déplacements étrangers. Au risque de froisser ses hôtes, il ne leur rend visite qu’en coup de vent mais ce sera quatre jours pour l’Inde où il séjourne depuis samedi. Comme la Chine au printemps dernier, l’Inde a droit à un traitement de faveur qui n’échappe pas à sa presse, aussi séduite par cette marque d’attention que par la présence de Carla Bruni avec laquelle le président de la République joue les touristes amoureux entre deux rendez-vous officiels. En un mot, c’est le grand jeu et il ya trois raisons à cela. La première est que la croissance indienne devrait atteindre plus de 9% cette année, qu’elle est la plus forte de l’Asie après celle de la Chine et que le boom économique de ce pays de près d’un milliard deux cent millions d’habitants en fait un marché enivrant pour les exportateurs français. Il y a, là-bas, des positions à prendre, de l’argent à faire, et cette visite devrait faire avancer de nombreux contrats, notamment nucléaires avec la fourniture de deux centrales EPR par Areva et militaires avec la modernisation des 51 Mirage 2000 de l’armée de l’air indienne par Thales et la fabrication d’un missile sol-air à courte portée par EADS avec un partenaire du sous-continent. Tout chef d’Etat est, aussi, représentant de commerce de son pays mais, hautement politique, le deuxième enjeu de cette visite est le G-20 que Nicolas Sarkozy préside depuis le mois dernier. A la tête, pour un an, de ce groupe des pays les plus riches du monde qu’il a contribué à institutionnaliser après la crise de Wall Street et auquel il ambitionne de faire adopter de grandes réformes portant sur le système monétaire international, le cours des matières premières et la gouvernance mondiale, Nicolas Sarkozy veut devenir l’homme qui aura changé la scène mondiale. Il veut se faire le grand régulateur de la planète économique et politique et en tirer un tel prestige sur les cinq continents que sa campagne électorale serait faite et sa réélection assurée. Il a donc besoin de soutiens, d’alliés, aux premiers rangs desquels les deux pays les plus peuplés du monde, la Chine à laquelle il fait mille grâces depuis le printemps et l’Inde aujourd’hui à laquelle il a déclaré, dès son arrivée, que la France soutenait son entrée au Conseil de sécurité de l’Onu comme membre permanent, comme la nouvelle des plus grandes puissances. En Inde, Nicolas Sarkozy est en campagne électorale mais, outre que les dossiers dont il s’est investi sont effectivement d’une grande importance, le troisième enjeu de cette longue visite n'est pas que français. Si le Premier ministre britannique et le président américain ont précédé le président français à New Delhi où il précède lui-même le président russe et le Premier ministre chinois, c’est que la recherche des équilibres de ce siècle passe désormais par la plus grande des démocraties du monde. Tandis que la Chine ne veut pas se laisser isoler de l’Inde, les Occidentaux et la Russie veulent en faire un partenaire privilégié dont le poids, la croissance et la stabilité les aideraient à faire contrepoids à la Chine. L’Inde est au cœur d’un grand jeu dont la France ne veut pas être absente.

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