L’une de gauche, l’autre de droite, les Français sont maintenant saisis de deux propositions pour l’Europe. Celle que le président de la République et la chancelière allemande ont détaillée hier avant de la soumettre, jeudi, aux autres dirigeants européens se résume au seul mot de rigueur.

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy veulent modifier les traités européens afin d’y introduire une automaticité des sanctions contre les pays qui ne respecteraient pas le plafond de 3% du produit intérieur brut auquel les Etats de la zone euro avaient accepté de limiter leur déficit budgétaire en adoptant la monnaie unique. Concession allemande aux objections françaises, ce n’est pas la Cour de Justice européenne, le pouvoir judiciaire, qui imposerait ces sanctions mais il faudrait, pour s’y opposer, une majorité qualifiée des 17 pays de l’euro. Cela suffit à assurer qu’elles seront prises et, parallèlement, les 17 s’engageraient, par cette même modification des traités, à introduire la « règle d’or » dans leur Constitution et à s’obliger ainsi à un retour progressif à l’équilibre budgétaire sous la surveillance de leurs Cours constitutionnelles.

Pour le reste, la chancelière et le président proposent d’avancer d’un an, à 2012, la mise en place du Mécanisme européen de stabilité, le fonds de solidarité financière, dont les interventions ne requerraient plus l’unanimité ; de laisser la Banque centrale européenne libre juge de la nécessité d’intervenir ou non sur les marchés et, enfin, de réunir tous les mois les dirigeants de la zone euro afin d’instaurer un pilotage commun de l’économie européenne.

Si ce dispositif calme les marchés, c’est tant mieux mais, outre que cela ne paraît pas certain, son double inconvénient est de toujours plus assimiler l’Europe à la rigueur budgétaire et sociale et de la rendre toujours moins démocratique car ses politiques communes ne seront pas le fruit d’un choix exprimé par les électeurs européens mais le produit de tractations menées dans le huis-clos de leurs dirigeants. Ce n’est pas cela qui réconciliera les Européens et l’Europe mais qu’en est-il de la proposition de gauche ?

Présentée, hier aussi, par François Hollande devant le congrès des sociaux-démocrates allemands, elle est naturellement plus à gauche puisqu’elle prône des investissements communs dans la croissance, une politique industrielle commune, la taxation des transactions financières et l’augmentation des impôts indûment baissés ces dernières décennies. Ce n’est plus seulement la réduction des dépenses mais c’est pourtant aussi la rigueur puisque François Hollande souhaite refaire passer le déficit sous la barre des 3% dès 2013 et revenir à l’équilibre en 2017. Avec des remèdes sensiblement différents, l’objectif essentiel est bien sûr le même – l’assainissement des finances publiques – et ces propositions ont un second point commun.

L’une et l’autre passent à côté de la nécessité d’instaurer une démocratie européenne, de fédéraliser l’Union, dès lors que ses politiques économiques deviendront communes. Elles le font délibérément car la gauche et la droite restent tétanisées par le « non » de 2005 qu’elles attribuent, à tort, à une montée du souverainisme et non pas au refus, légitime, d’une Union ignorant la démocratie.

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