C’est une crise et une vraie qui a maintenant éclaté en Egypte. Ce n’est pas seulement qu’après une semaine de manifestations et contre-manifestations également imposantes, adversaires et partisans de Mohamed Morsi, le président islamiste élu en juin dernier, en soient venus hier aux échanges de cocktails Molotov aux abords du palais présidentiel.

La violence et la tension qu’elle reflète ont monté d’un cran mais, plus spectaculaire encore que ces affrontements de rue, on en est à quatre démissions parmi les conseillers de Mohamed Morsi ; toute une partie de la presse s’est mise en grève ; la magistrature se fractionne ; le grand imam de la mosquée Al-Azhar, la plus haute autorité de l’islam sunnite, renvoie prudemment les deux camps dos à dos et une inquiétude, enfin, paraît grandir au sein même de la majorité présidentielle.

Le premier ministre appelle « tous les manifestants », autrement dit les deux côtés, à refuser la violence afin qu’un « dialogue national » puisse s’ouvrir. Le vice-président parle des « exigences de l’opinion publique », ce qui est une manière de reconnaître la force de l’opposition avec laquelle il propose de préparer, dès maintenant, les amendements qui pourraient être apportés au projet de Constitution soumis à référendum le 15 décembre. Plus frappant encore, le chef de file du parti Justice et Liberté, la formation politique des Frères musulmans dont est issu Mohamed Morsi, vient de plaider pour la formation d’une coalition gouvernementale entre islamistes et modernistes à l’issue des élections qui devraient suivre l’adoption du projet de Constitution, si toutefois il n’est pas rejeté par les électeurs.

La majorité islamiste sent qu’elle est allée trop loin, ou trop vite en tout cas. Elle tente de lâcher du lest sans désavouer Mohamed Morsi qui avait mis le feu aux poudres en s’adjugeant les pleins pouvoirs, il y a deux semaines, afin de boucler le projet constitutionnel et d’annoncer ce référendum qui aurait dû, pensait-il, consolider son pouvoir mais qui l’ébranle bien au contraire.

Les forces d’opposition ont fait front commun contre les islamistes. La crise est là et, que le « oui » l’emporte ou non dimanche en huit, cette crise dit l’extrême fragilité des majorités islamistes élues à la faveur du printemps arabe.

En Tunisie, l’UGTT, la puissante centrale syndicale forgée dans la lutte pour l’indépendance, vient d’appeler à une grève générale le 13 décembre car le malaise social grandit dans tout le pays. Pris en étau entre les salafistes et les modernistes, les islamistes tunisiens d’Ennahda sont déjà usés par leur impuissance à redresser l’économie et la situation est très comparable en Egypte où les Frères musulmans ont déjà reculé de plus de 20% des voix entre les législatives de janvier et la présidentielle de juin.

Le pouvoir use les islamistes qui n’ont pas les moyens d’imposer une dictature et se heurtent à de fortes mobilisations dès qu’ils tentent, comme Mohamed Morsi, d’affirmer leur pouvoir derrière lequel les modernistes voient une ambition théocratique cachée. Au Caire comme à Tunis, les semaines à venir sont incertaines mais ce n’est pas le modèle iranien qui s’y profile.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.