On les dit « bureaucrates », « hors-sol », « idéologues libéraux » et limités à des raisonnements comptables.

C’est ainsi que les europhobes et bon nombre, aussi, d’Européens qui le sont moins qualifient les Commissaires européens, les membres de cette Commission d’où viendrait tout le mal.

C’est pourtant cette même Commission - « Bruxelles », dit-on souvent – qui a pris l’initiative d’appeler la zone euro à investir dans la relance des économies européennes en consentant à plus de dépenses publiques. Cet appel s’adressait en fait aux trois des 19 pays de l’eurozone, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Luxembourg, dont les budgets sont excédentaires ou quasiment à l’équilibre. Il s’agissait pour la Commission d’une démarche tout à la fois économique et politique visant en même temps à freiner la montée des nouvelles extrêmes droites europhobes et à nourrir une croissance qui reste partout trop faible pour que le chômage puisse vraiment reculer. La Commission avait évidemment raison mais que s’est-il passé, hier, lorsque les ministres des Finances de la zone euro se sont réunis pour débattre de cet appel ?

Eh bien, ce fut « non ».

Ce ne fut pas unanimement non. Une moitié des gouvernements de la zone euro, Paris en tête, a soutenu la Commission mais une autre moitié, menée par l’Allemagne et les Pays-Bas, l’a priée de laisser les gouvernements décider souverainement de leurs politiques et, comme les décisions se prennent au consensus et qu’il n’y en avait pas, ce fut « non ».

Trois remarques, donc.

La première est qu’on voit là la réalité du fonctionnement actuel de l’Union européenne. Contrairement à l’idée reçue, contrairement à ce que martèlent les europhobes, ce n’est pas la Commission qui décide dans l’Union. Ce sont les gouvernements, ceux que nous élisons démocratiquement et qui sont aujourd’hui, en raison de nos votes, majoritairement libéraux, qui font les grands choix, la politique d’austérité en l’occurrence, à la concrétisation desquels la Commission se doit de veiller.

La deuxième remarque est que, si cette majorité ne finit pas par ouvrir les yeux ou devenir minoritaire, la colère sociale continuera de grandir, les extrêmes droites sauront en profiter et l’Union se défera alors que les pays européens auraient tant besoin de faire front dans un monde toujours plus dangereux et incertain. Quant à la troisième remarque, elle est que ce « non » d’hier ne sera forcément pas éternel, heureusement pas.

L’Allemagne et la majorité libérale devront changer de position.

Elles le devront parce que Matteo Renzi leur avait dit qu’il tomberait si elles ne le faisaient pas, que c’est ce qui se passe, que l’extrême droite autrichienne a tout de même frôlé la majorité, que cette nouvelle mouvance engrange partout des succès et que les économies européennes, Allemagne comprise, ont besoin d’une relance qui appelle des dépenses budgétaires.

Hier, ce fut « non » mais hier on en a débattu alors qu’il y a peu de temps encore, c’eut été simplement impensable.

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