En déménageant l'ambassade américaine à Jérusalem Donald Trump va priver les Etats-Unis de leur rôle de médiateur entre Israéliens et Palestiniens

Il y a des raisons à tout, même aux plus grandes et plus dangereuses folies. Ce prochain transfert, de Tel Aviv à Jérusalem, de l’ambassade américaine en Israël que Donald Trump annoncera dans quelques heures tient avant tout aux progrès de l’enquête russe.

         L’équipe du procureur Mueller n’est certes pas en mesure, pas encore en tout cas, d’établir une vraie présomption d’implication personnelle du candidat Trump dans les contacts entre son équipe de campagne et les hommes du Kremlin. Il n’y a pas de « pistolet fumant », comme on dit aux Etats-Unis, qui puisse accuser le président et menacer son mandat mais l’étau se resserre tant autour de lui qu’il lui faut souder sa base afin de dissuader la majorité républicaine du Congrès de le laisser tomber s’il se trouvait en danger.

         C’est toute la campagne qui se rejoue là, toutes ces primaires durant lesquelles Donald Trump avait beaucoup plus eu à se battre contre son propre parti que contre les Démocrates et, dans cette affaire de l’ambassade, l’enjeu est pour lui de remobiliser les électeurs qui lui avaient alors permis de s’imposer. 

Il veut pouvoir leur dire que contre la terre entière, contre les alliés européens, la presse, les élus républicains, les diplomates américains et les militaires eux-mêmes, il tient bon et remplit ses promesses, même celle de  reconnaitre Jérusalem comme capitale d’Israël en y déménageant son  ambassade. 

Peut-être, dira-t-on, mais en quoi ce déménagement importerait-il tant à ses électeurs ? 

Eh bien si bizarre que cela soit, c’est une question fondamentale pour une partie minoritaire mais électoralement décisive des protestants américains qu’on nomme les « sionistes chrétiens ». Peu connus en dehors des Etats-Unis où ils pèsent pourtant lourd, ces fondamentalistes protestants considèrent que la création d’Israël est une réalisation des prophéties bibliques et que le Christ pourra revenir sur terre lorsqu’Israël aura retrouvé ses frontières de la promesse divine avec… Jérusalem comme capitale. 

Cela prête à sourire mais, sans ces illuminés, Donald Trump n’aurait peut-être pas pu entrer à la Maison-Blanche et c’est, entre autres, grâce à eux qu’il compte bien y rester.

         Voilà donc pour les raisons d’une décision qui fait fi de trois résolutions du Conseil de sécurité sur le statut de Jérusalem mais quelles en seront les conséquences ? 

         On peut assister à des manifestations de protestation dans des pays musulmans. Le rapprochement en cours, contre l’ennemi commun iranien, entre Israël et les capitales sunnites peut en être condamné à plus de discrétion mais le drame, car c’en est un, n’est pas là. 

Le drame est que ce choix de M. Trump privera les Etats-Unis de la possibilité d’offrir leur médiation dans le conflit israélo-palestinien alors qu’ils étaient seuls à pouvoir le résoudre. 

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