Etait-ce des « preuves » ou n’en était-ce pas ? Si le secrétaire d’Etat américain voulait démontrer, hier, devant le Conseil de sécurité, que l’Irak constituerait une menace imminente et grave pour la sécurité du monde, la réponse est clairement « non ».Rien dans ce qu’a dit, montré ou fait entendre Colin Powell ne conduit en effet à penser que la guerre serait, aujourd’hui, la seule option laissée à l’Organisation des nations unies. Saddam Hussein est « déterminé à mettre la main sur une bombe nucléaire » ? Cela ne prête même pas à discussion. S’il le pouvait, il le ferait mais les mots mêmes du secrétaire d’Etat indiquent qu’il n’a toujours pas la bombe. L’Irak a fait le ménage de certains sites avant que les inspecteurs de l’Onu ne s’y rendent ? C’est si probable qu’on n’avait pas besoin de photos satellites pour l’imaginer mais cela ne sonne pas l’alerte rouge. Les Irakiens n’ont toujours pas expliqué ce que sont devenus les armes chimiques et biologiques dont ils avaient entrepris de se doter ? Les inspecteurs l’ont souligné dans leur rapport du 27 janvier, c’est tout le problème mais cela ne prouve pas que l’Irak ait la capacité d’utiliser aujourd’hui ces armes. L’Irak a « conservé quelques dizaines de missiles Scud » ? Oui. C’est une hypothèse jugée crédible par la plupart des gouvernements occidentaux mais ce n’est pas avec cela que Saddam Hussein pourrait tenir le monde en respect. L’Irak a importé des moteurs qui lui permettraient de disposer un jour de missiles de longue portée ? C’est également considéré comme avéré mais ces missiles de longue portée, l’Irak, précisément, n’en dispose pas encore. Rien de tout cela n’oblige autrement dit à déclencher une guerre car la poursuite des inspections, leur renforcement comme l’a proposé la France hier, empêchent Saddam Hussein de développer les armes qu’il rêverait de posséder. Alors, non, Colin Powell n’a nullement prouvé hier que la guerre serait immédiatement nécessaire. S’il voulait démontrer, en revanche, que le chef de l’Etat irakien n’est pas un homme de bonne foi, qu’il n’est pas question de le croire sur parole, que ses intentions sont tout sauf pacifiques et qu’il pourrait représenter, un jour, un formidable danger s’il n’était pas désarmé, alors oui. Pour ceux qui en auraient encore douté, la démonstration de Colin Powell était forte mais qui au monde a jamais pris Saddam Hussein pour Gandhi ? C’est un Staline aux petits pieds, un dictateur de la pire espèce dont on ne peut que souhaiter la chute mais faut-il, pour cela, faire la guerre ? « Oui », répondent les Etats-Unis qui voudraient faire là un exemple, décourager d’autres vocations de ce genre et en profiter pour créer une démocratie au cœur du Proche-Orient dont la seule existence pourrait, par contagion, modifier, et pour le meilleur, tout l’équilibre politique de la région. « Non », répondent en chœur une majorité d’autres pays car les inspections valent mieux qu’une guerre et peuvent faire désarmer l’Irak. Le débat n’a pas fondamentalement évolué hier mais si Saddam ne met pas vite toutes les cartes sur la table, la guerre est pour bientôt – avec ou sans le soutien de l’Onu.

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