Cette fois-ci, disent-ils, sera la bonne. A la veille de se rendre, ce mardi, à La Mecque pour de énièmes conversations au sommet sur la formation d’un gouvernement d’union nationale, les frères ennemis palestiniens juraient tous que l’accord était virtuellement scellé et qu’ils ne quitteraient pas la première ville sainte de l’Islam sans l’avoir signé. « Je suis sûr que nous allons réussir, nous n’avons pas d’autre choix », déclarait Ismaïl Haniyeh, le Premier ministre issu du Hamas. « Il nous est interdit d’échouer », renchérissait le chef politique du mouvement islamiste, Khaled Meschaal, installé à Damas et principale figure de l’aile la plus dure de l’organisation. Quant aux laïcs du Fatah, du parti de Mahmoud Abbas, le Président de l’Autorité palestinienne, ils assuraient, eux, au quotidien israélien Haaretz qu’il n’y aurait « pas de surprises », de mauvaises surprises. Si cela s’avère, ce serait plus qu’un tournant. La fragile trêve qui atténue, depuis vendredi, la violence des affrontements inter-palestiniens - 66 morts en dix jours - en serait consolidée. La Bande de Gaza échapperait aux enlèvements, assassinats et tirs de mortiers que des Palestiniens infligent à d’autres Palestiniens. Il serait mis fin à ce début de guerre civile mais ce ne serait pas tout. Aux termes de l’accord politique qui présiderait à la formation de ce gouvernement, le Hamas accepterait surtout, c’est l’essentiel, qu’il soit donné mandat à Mahmoud Abbas, par les deux grands partis palestiniens, de reprendre des négociations de paix avec Israël sur la base des accords précédemment conclus. Le Hamas accepterait, autrement dit, de mettre entre parenthèses sa charte, son appel à la destruction d’Israël, et de laisser un partisan conséquent, déclaré, militant, d’un compromis fondé sur la coexistence et la reconnaissance de deux Etats tenter de parvenir à un règlement définitif. Ce serait une révolution, la fin de la période ouverte, en janvier dernier, par la victoire électorale du Hamas, mais peut-on croire à cet espoir ? A priori, peu puisque les relations entre les militants des deux partis, à la base, ont atteint un tel degré de haine que même un accord au sommet ne suffira pas à les apaiser. L’optimisme est d’autant moins de mise que le Président de l’Autorité palestinienne, même devenu plénipotentiaire de cet éventuel gouvernement d’union, aurait du mal à renouer les fils avec un gouvernement israélien miné par les scandales et les échecs et, à bien des égards, en sursis. Même en mettant les choses au mieux, les conditions du succès sont loin d’être réunies mais le fait est, en même temps, que le Hamas ne peut plus gouverner sans soutien financier des Occidentaux, que l’Arabie saoudite, qui a convoqué ce sommet, veut qu’il réussisse car elle veut parvenir, comme tous les pays arabes, à un règlement israélo-palestinien, que les grandes puissances y poussent et que, sur fond de crise, beaucoup de tabous tombent en Israël. Alors ? Alors, on va voir.

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