Côté républicain, John McCain confirme une large avance. Côté démocrate, le duel Clinton-Obama se prolonge avec, maintenant, un avantage – New York et la Californie – à la première mais, quel que soit, dans onze mois, le successeur de Georges Bush, une page se tourne dans le plus puissant pays du monde. Que John McCain entre à la Maison-Blanche, et c’est le courant pragmatique de son parti qui reviendrait sur le devant de la scène. Fils et petit-fils de militaire, militaire lui-même, le sénateur de l’Arizona, d’un bastion du conservatisme, n’est pas un modéré, pas un homme de centre-droit. Non. C’est un vrai conservateur, solidement à droite et très soucieux du poids international de l’Amérique, mais ce n’est pour autant pas un idéologue. Il n’a rien à voir avec un Ronald Reagan, ancien démocrate qui mettait l’ardeur du converti à rompre avec l’Etat providence, déréglementer l’économie et donner toute liberté au marché au nom de l’idée que « l’Etat n’est pas la solution mais le problème ». Ancien fêtard marqué, jusqu’aujourd’hui, par les années de tortures subies au Vietnam après que son avion y eut été abattu, John McCain est également à mille lieux, plus encore même, d’un Georges Bush, fils à papa sans profondeur devenu manichéen – le Bien, le Mal – depuis qu’il a trouvé Dieu. Avec John McCain, la droite religieuse qui le déteste et qu’il déteste, perdrait beaucoup de son influence à la Maison-Blanche, et c’est une droite de principes et de raison, sans liens privilégiés avec l’argent, décidée à ne pas perdre en Irak mais aucunement habitée par une mission divine, qui reviendrait aux affaires. Avec Hillary Clinton, c’est ce qui ressemble le plus, en Amérique, à la gauche européenne qui prendrait les commandes. Enfant d’une famille de droite mais venue à la gauche dans les années soixante et restée très croyante, l’ancienne First Lady, une force, est avant tout préoccupée de justice sociale. Sa grande affaire, son ambition de toujours, est d’assurer, enfin, une couverture médicale à tous les Américains en subventionnant les assurances des plus pauvres. En politique étrangère, elle serait très ferme face à l’Iran mais son tempérament comme son expérience de la Maison-Blanche font d’elle une diplomate avertie et remarquablement bien entourée, autrement mieux que l’actuel Président. Quant à Barack Obama, il incarnerait le changement par excellence. De père kenyan, élevé dans le christianisme mais avec Hussein pour deuxième prénom, ce quadragénaire changerait d’un coup l’image internationale des Etats-Unis. Soudain, l’Amérique ne serait plus perçue comme une puissance blanche et chrétienne mais comme le mélange qu’elle est, toujours plus réel, d’Européens, d’Asiatiques, d’Africains et d’Hispaniques, naturellement apte à parler au monde entier – ce que Barack Obama entend bien faire, sans préalable, dit-il. Un tel président décoifferait mais attention ! Cet homme est Américain, très attaché aux valeurs américaines et, sans doute, beaucoup moins à gauche qu’Hillary Clinton. Dans cette bataille, il est le centriste, le modéré, l’homme de la synthèse. C’est sa force et sa faiblesse, quelque chose de neuf et d’encore incertain.

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