On peut avoir quatre réactions, assez différentes, aux propos télévisés du chef de l'Etat. Aussitôt entendue, sur France 2, la première est de dire que tout cela n’était que du bla-bla puisqu’il n’a pas dit quand cette crise prendrait fin alors que c’était, là, l’essentiel. C’est vrai. Il ne s’est pas risqué au moindre pronostic mais, s’il l’avait fait, on aurait eu lieu de douter de son niveau d’information car le problème, le drame, est que personne ne peut encore prévoir la dynamique d’une crise mondiale qui dépend de bien trop de choses, économiques et politiques, sur tous les continents, pour pouvoir être déjà claire. La deuxième réaction possible, pas assez entendue, est qu’il manquait un mea culpa à ce que Nicolas Sarkozy a dit hier. Pour sa crédibilité, on aurait aimé qu’il reconnaisse s’être trompé à l’époque où il vantait tant ce modèle américain, cette sacralisation du marché, cette déréglementation, ces crédits hypothécaires et ce retrait de la puissance publique qu’il n’a plus assez de mots pour pourfendre aujourd’hui. Il n’a rien dit de ce changement de pied alors que cela l’aurait honoré et donné de la profondeur à son propos. C’est dommage et la troisième réaction serait de constater l’étrange situation dans laquelle le chef de l’Etat se retrouve maintenant. D’un côté, il a trop longtemps trop dit et montré son amour de l’argent, affiché ses amitiés avec les plus fortunés et soutenu leurs intérêts pour pouvoir tabler, aujourd’hui, sur de grands soutiens à gauche. De l’autre, il annonce désormais une telle volonté de brider l’argent et réglementer les marchés, dénonce tant les excès, l’indécence, la faillite du capitalisme financier qu’il risque fort de perdre le soutien de ses amis d’hier, voire d’entrer en conflit avec eux. Nicolas Sarkozy a si bien commencé d’agacer, d’inquiéter parfois le Medef qu’il paraît déjà en état d’apesanteur politique – président, majoritaire à l’Assemblée, réactif, mais sans base sociale dans une France saisie d’angoisse. On ne pouvait pas, en quatrième lieu, ne pas se pincer, hier soir, en réalisant à quel point, en si peu de temps, le monde a changé d'approches politiques. On s’était déjà habitué à ce qu’un président américain plafonne les revenus de grands patrons, à ce que l’Etat soit, partout, de retour et qu’on puisse envisager, en Allemagne et aux Etats-Unis, la nationalisation du système bancaire mais un nouveau pas vient d’être franchi là. On a bien entendu hier un président de droite envisager de légiférer sur la répartition des bénéfices entre actionnaires et salariés ; proposer une augmentation des protections sociales ; déclarer la guerre aux paradis fiscaux en en nommant deux, liés à la France ; annoncer que la chancelière allemande et lui entendaient obtenir des « décisions structurelles » sur la réforme de l’économie de marché faute desquelles, a-t-il dit, les gens se révolteront et ils auront raison » et faire comprendre que Paris et Berlin auraient là le soutien de la Maison-Blanche. « Des mots » pourrait-on dire. Oui, certes. Ce ne sont encore que des mots mais, outre qu’ils auraient été impensables il y a trois mois encore, le fait est que la crise les commande et qu’il faudra en faire une réalité pour la résoudre.

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