Il y avait une chose de vrai dans ce qu’en a dit Jean-François Copé. Entre beaucoup de critiques très injustes, voire totalement infondées, du discours prononcé hier par le président de la République devant le Parlement européen, le président de l’UMP a estimé que ce discours ne « marquerait pas les esprits » et, de fait, il ne les marquera pas.

Il manquait à ce texte la flamme, une vision de long terme, l’interpellation des nations et des nouvelles générations qui auraient été propres à parer ce que François Hollande a justement appelé « la menace qui n’est plus la défiance des marchés mais celle des peuples » et « le risque qui n’est plus l’indifférence mais le détachement, pour ne pas dire la rupture ». Non, ce discours n’avait rien de mobilisateur, rien qui puisse ranimer une passion européenne pour l’Europe, mais ce serait, pourtant, se tromper que de ne pas en voir l’importance.

A tort ou à raison – c’est très discutable et discuté – François Hollande ne croit pas que le Verbe puisse remédier aujourd’hui au désamour pour l’Europe. Il le croit si peu qu’il a commencé, hier, par rappeler aux députés européens tout ce qui faisait l’ampleur de ce désamour. L’Europe, leur a-t-il dit, est « une formidable idée » mais elle hésite sur ses choix, se défend mal contre les concurrences déloyales, abandonne sa monnaie à l’irrationalité des marchés, se résigne à la faiblesse de sa croissance, à son chômage et à celui de ses jeunes.

Ca va mal, rien ne va plus bien que nous ayons su répondre aux crises financières et budgétaires, était-il venu dire à Strasbourg dans un discours qui était avant tout fait pour tenter de sceller une alliance avec ce Parlement que les Européens connaissent si peu. Face à des Allemand, des Britanniques et tant d’autres qui ont pour seule idée de réduire les dépenses et donc les ambitions de l’Union, le Parlement est la seule institution démocratique de l’Europe et la seule instance aspirant vraiment au fédéralisme.

De droite ou des gauche, ses députés veulent plus d’intégration, plus d’harmonisation, plus de solidarité entre les Etats membres et c’est là, plus que partout ailleurs, que François Hollande, un européen convaincu mais, aujourd’hui, sans grande marge de manœuvre, peut trouver des alliés pour faire avancer des idées qui sont aussi les siennes.

Il veut, a-t-il dit, un budget européen favorisant une relance économique commune, un gouvernement et un budget de l’eurozone, des objectifs de change pour l’euro, une Europe « différenciée », progressant autour de ceux qui veulent aller plus loin plus vite, une Europe plus démocratique et défendant les plus fragiles mais, comme il y a peu de chances que ces objectifs deviennent communs tant que les majorités n’auront pas changé à Londres et Berlin, il est allé demander, hier, aux eurodéputés, de droite et de gauche, de faire front avec la France pour faire ré-aimer et avancer l’Europe.

Ce n’est pas aux peuples qu’il s’adressait hier mais au Parlement devant lequel il a posé des jalons et qu’il a appelé à utiliser ses pouvoirs, notamment budgétaires, contre les capitales. Sauf dans cette enceinte, ce n’était pas un discours bien audible mais, là-bas, à Strasbourg, il a été étonnamment bien reçu.

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