Géopolitique :"Le rendez-vous de M. Poutine"par franceinter C’était ce qu’il fallait faire. Il fallait qu’ensemble la France et l’Allemagne remettent sur la table un plan de paix pour l’Ukraine et proposent, dans le même temps, à Vladimir Poutine une vision d’avenir des relations entre l’Union européenne et la Fédération de Russie.

C’est ce qu’Angela Merkel et François Hollande ont entrepris en se rendant hier à Kiev et ce soir à Moscou. Leur plan de paix s’articule autour de trois idées simples, un cessez-le-feu, un vrai, accompagné du retrait de toutes les armes lourdes d’Ukraine orientale ; l’adoption d’une loi de décentralisation donnant une autonomie aux différentes parties de ce pays et la fermeture, en troisième lieu, de la frontière russo-ukrainienne sous surveillance de l’OSCE, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.

Ce sont là les trois idées autour desquelles avaient vainement tourné tous les précédents efforts de paix mais la nouveauté, celle qui change tout, est que cette nouvelle tentative s’inscrit maintenant dans une volonté de dépasser cette crise en organisant les rapports à long terme de ces deux piliers du continent Europe que sont l’Union et la Fédération.

François Hollande a très fortement dit hier - c’était une première - que la France n’était pas favorable à une entrée de l’Ukraine dans l’Alliance atlantique. On le savait mais, là, c’est publiquement dit alors même qu’un élargissement de l’Otan requiert l’unanimité de ses membres et donc, l’accord de la France.

Il y deux semaines, à Davos, Angela Merkel avait, elle, évoqué la perspective d’un partenariat économique organisé entre les parties occidentale et orientale du continent. A elles deux, la France et l’Allemagne ont ainsi dit à Vladimir Poutine et le lui répéteront ce soir qu’il peut, à la fois, éviter un élargissement de l’Otan jusqu’à ses frontières et bâtir, avec l’Union, une zone d’échanges et de prospérité et qu’il le peut à la seule condition de renoncer à dépecer l’Ukraine.

C’est un marché, un donnant-donnant dont la concrétisation serait aussi bénéfique à l’Ukraine qu’à l’Union et à la Fédération. On ne saurait trop applaudir François Hollande et Angela Merkel d’avoir pris cette initiative régulièrement espérée dans cette chronique mais question, fondamentale évidemment : quelles sont ses chances de réussite ?

Le diable est dans les détails. Après avoir été chauffés à blanc et surarmés par la Russie, les séparatistes peuvent maintenant s’évertuer à torpiller les possibilités de compromis. Le Parlement ukrainien peut beaucoup renâcler à adopter une vraie loi de décentralisation par crainte que les provinces orientales ne regardent alors plus vers Moscou que vers Kiev.

Rien ne sera simple dans cette partie mais Vladimir Poutine tient aujourd’hui l’occasion de sortir de cette crise avant que la dégradation de l’économie russe n’ait trop entamé sa popularité. C’est d’autant moins négligeable pour lui qu’il pourrait se targuer d’avoir tenu l’Otan à distance et permis à l’Ukraine orientale d’obtenir son autonomie. Tout dépend désormais du président russe qui a rendez-vous, ce soir, avec l’histoire.

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